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Les Infidèles (Théâtre)

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Épisodes I, 2, 3, 4, 5, 6,7, 8, 9, 10, 11 et Fin

 

 

Les infidèles (Théâtre)

ou

(Infidélités etc.)

ce texte a été publié en premier lieu sur  : www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/papillon.html

 

Personnages

BÉATRICE (32 ans) épouse de AXEL

AXEL (37 ans ) époux de BÉATRICE

LUCY ( 52 ans ) mère de BÉATRICE

HORTENSE  (78 ans ) mère de Lucy

FRANCIS      (37 ans) ami de Axel

DANTÈS ( 60 ans ) père de Axel

                                                NORBERT ( alias Norma ) ( 35 ans ) ami de Béatrice

 

Genre : Comédie

Décor unique : Une jolie chambre à coucher abritant un coquet petit salon.

(le salon et la chambre à coucher sont séparés par un court paravent assez discret)

 

Résumé

Une femme découvre, un beau jour, au-dessus de l’armoire de sa chambre à coucher les preuves de l’infidélité de son mari. Des photos compromettantes qui vont lui fournir le prétexte qu’il fallait pour se remettre en question elle-même et aussi son couple. Dans des dialogues enlevés, crus et osés, l’éternelle question de la différence existant entre les hommes et les femmes sera soulevée par un mari volage et trois générations de femmes ayant subi, à des degrés divers, le machisme le plus primaire, les trahisons les plus abjectes et toutes sortes d’humiliations sans pour autant baisser les bras. Dans un échange de propos cinglants chacun exprimera son mal-être existentiel.


 

Acte I

 

Béatrice, visiblement nerveuse, fait les cent pas dans sa chambre. Elle porte une chemise de nuit et une robe de chambre. Elle serre contre elle une grande enveloppe blanche. Elle semble parfois vouloir s'en débarrasser mais se ravise toujours. Brusquement, une porte claque. Elle dissimule l'enveloppe dans le tiroir de sa coiffeuse et fait semblant de se brosser les cheveux. Une horloge sonne douze coups. La porte de la chambre s'ouvre avec hésitation et entre, Axel, le mari volage.

 

Béatrice,  

AXEL, un brin surpris

Bonsoir, chérie ! Comment, tu ne dors pas ?

 

BÉATRICE, ironique

Je dors mon amour, comment pourrait-il en être autrement à minuit près. Je ronfle même, n’est-ce pas évident ?

 

AXEL

Ah ! je vois, madame est d’humeur à faire de l’esprit alors qu’elle aurait du être endormie. Y a t-il quelque chose qui ne va pas ?

 

BÉATRICE

Non, tout va très bien et je suis même heureuse de te voir rentrer plus tôt que d’habitude.

 

AXEL

Allons, allons, chérie, tu ne vas pas encore revenir sur cette affaire d’heure. Tu sais bien que ces parties de cartes entre copains sont pratiquement sacrées.

 

BÉATRICE

Parlons-en de tes parties de cartes. J’ai appelé chez Reynolds il m’a dit ne pas t’avoir vu de toute la soirée.

 

AXEL

Ah, le salaud ! le fait d’être secrètement amoureux de toi le pousse à mentir de manière grossière.

 

BÉATRICE, ironique

Il ment ? Il ment ? Pourtant je suis passée chez lui un peu plus tard tu n’y étais toujours pas.

 

AXEL, offusqué

Comment, tu as osé te risquer au dehors par les temps qui courent ! Mais, tu es folle ! En pleine insécurité galopante, madame se promène dans la cité toute seule.

 

BÉATRICE, surprise

Il semble que nous n’habitons pas la même ville. Toi, tu es bien rentré à minuit sans qu’aucun mal ne te soit fait !

 

AXEL

Ce n’est pas la même chose ! Moi, je suis un homme et toi une pauvre femme sans défense.

 

BÉATRICE

Je te rappelle cher ami qu’une pauvre femme sans défense l’est aussi chez elle « par les temps qui courent » comme tu dis. Les zenglendos n’ont pas élu domicile seulement dans la rue que je sache. Tu aurais dû être chez toi afin de nous protéger les enfants et moi !

 

AXEL

Bien dit ! Voilà pourquoi je suis rentré…

 

BÉATRICE

Un peu tard à mon avis. Nous aurions pu être assassinés une bonne douzaine de fois tous les quatre.

 

AXEL

Voyons, il ne faut pas exagérer. Au contraire, ne connaissant pas mes horaires, un voleur ne prendrait pas la chance de rentrer chez moi de peur d’être surpris par le maître de céans.

 

BÉATRICE, révoltée

Assez ! Ton impudence m’écœure. Quand on rentre à des heures indues on commence par s’excuser !

 

AXEL, étonné

S’excuser de quoi ma pauvre amie, réjouis-toi au moins je fais partie de la catégorie des maris qui rentrent encore chez eux. Car il y en a qui découchent régulièrement chaque soir. Mwen, se nan do’w mwen dòmi.

 

BÉATRICE

Tu insinues alors, que je devais être heureuse d’être une femme cocufiée seulement jusqu'à minuit.

 

AXEL

Ah ! Béatrice, quand vas-tu te défaire de cette mauvaise habitude de tout dramatiser.

 

BÉATRICE, excédée

Ah ! Bon, maintenant c’est moi qui dramatise. Je m’inquiète, je passe des heures noires à tourner en rond dans ma chambre en me demandant si tu n’es pas tombé raide mort sous des balles assassines, je guette le moindre bruit de moteur, le moindre jeux de phares et c’est moi qui dramatise.

 

AXEL

Mais bien sûr, ma chérie tu amplifies tout. Et puis d’ailleurs, je suis là, mon amour, je suis rentré ! tu aurais dû être si  heureuse de me voir que le seul geste à faire serait de te jeter à mon cou et de m’embrasser goulûment pour remercier le ciel que je sois bien vivant.

 

BÉATRICE, révoltée

Axel, il y a des jours ou je t’aurais quitté avec plaisir. Ton manque de respect à mon endroit m’est chaque jour de plus en plus insupportable.

 

AXEL,

                         ( défaisant sa cravate et s’apprêtant à aller au lit )

Manque de respect ? Manque de respect ? Mais, qu’ai-je fait grands dieux ! Tu ne vas tout de même pas te mettre dans tous tes états à cause de quelques minutes de retard. Je suis très fatigué et j’ai grandement besoin d’une bonne nuit de sommeil. J’ai un boulot fou qui m’attend demain au bureau. Il faut bien que je récupère.

 

BÉATRICE

Et… on peut savoir ce qui t’a rendu si fatigué. Notes bien que tu ne m’as toujours pas dit où tu as passé ta soirée.

 

AXEL

Oh la, la ! Que les femmes sont suspicieuses ! Si tu veux tout savoir…

 

BÉATRICE, l’interrompant

Oui, je veux tout savoir.

 

AXEL

Eh Bien… euh… j’étais chez mes parents, voilà !  D’ailleurs, ils me demandaient de tes nouvelles.

 

BÉATRICE,

Menteur !

 

AXEL

Je t’assure…

 

BÉATRICE

Menteur !

 

AXEL

Pourquoi refuses-tu de me croire ?

 

BÉATRICE

Parce qu’ils ont passé la soirée ici à t’attendre. Ton père voulait t’entretenir d’une affaire de terres que l’État a mises en vente du côté de Léogane. Il te savait intéressé et tenait à en discuter avec toi.

 

AXEL

Ah, merde ! quelle idée il a eu ? Il aurait pu me prévenir par téléphone.

 

BÉATRICE

Pourquoi pas par courrier recommandé pendant qu’on y est. Et puis, c’est tout ce que tu trouves à dire après ton mensonge gros comme la terre ! (silence) Moi, je sais où tu étais !

 

AXEL, ébranlé

Tu ne vas tout de même pas m’annoncer que tu as commis la bassesse de me prendre en filature dans la rue.

 

BÉATRICE

Ah ! Cela aurait été de la bassesse ?

 

AXEL

Et comment, ce serait même indigne de toi. Te rabaisser à tant de mesquinerie serait totalement inadmissible de la part d’une femme que je tenais en haute estime ; au point de lui offrir mon nom, ma vie et de faire d’elle la mère de mes enfants.

 

BÉATRICE, éclatant d’un rire forcé

Mes compliments, Axel ! Je vois que tu n’es jamais à cours d’arguments quand il s’agit de te défendre.

                         ( Changement brusque de ton. Elle devient furieuse ).

Mwen wè ouap pase’m nan betiz ! Et là, tu vas me faire sortir de mes gongs.

 

AXEL

Voyons, chérie, ce n’est pas la peine de hausser le ton de la sorte, tu vas réveiller les enfants.

 

BÉATRICE

Ah! Oui ! Mais arrête de te foutre de ma gueule. Sispann fè wont sèvi kolè ! Je sais très bien que tu me trompes.

 

AXEL, surpris

Erreur, ce n’est pas vrai !

 

BÉATRICE

C’est vrai et pour te clouer le bec une fois pour toutes…

( Elle se précipite vers la coiffeuse ouvre le tiroir en sort le corps du délit et le brandit sous l’œil ahuri de Axel ).

Voilà la preuve que tu voulais !

( et elle lui exhibe des photos compromettantes à souhait )

Monsieur, en plein ébat avec une dame.

 

AXEL, horrifié, paniqué

Seigneur ! Où as-tu trouvé ça ?

 

BÉATRICE

Te voilà surpris. Ne me dis pas que tu vas jouer encore la carte de l’innocence.

 

AXEL

Je ne vais pas jouer aux innocents ! Je suis innocent !…

 

BÉATRICE

Ah bon ! avec des preuves aussi irréfutables, tu trouves encore le moyen de jouer la carte de la banalisation. Eh bien, dis donc, tu es le nouveau champion en « dé-dra-ma-ti-sa-tion ».

 

AXEL, embarrassé

Ce n’est pas tout ce qu’on voit qui est vrai. Il ne faut surtout pas porter un jugement trop hâtif face à certaines choses… disons…

 

BÉATRICE, énervée

Axel ! Arrêtes tout de suite ton baratin, car je sens la colère gronder en moi. Sur la photo tu es en train de coucher avec une autre femme que moi.

 

AXEL

En es-tu vraiment sûr ? Sur le cliché je ne suis que debout face à une femme nue. Et puis … merde, quand vas-tu arrêter de fouiner ainsi dans mes affaires. Ton indiscrétion m’écœure.

 

BÉATRICE

Quoi ! Tu oses dire ça. Je retrouve des photos compromettantes là, dans ma chambre, juste au-dessus de mon armoire et tout ça c’est de ma faute. Mon indiscrétion t’écœure, mon indiscrétion t’écœure ? La belle affaire ! Tu es vraiment le pire mufle que j’aie jamais connu. (hésitation) Euh… monsieur m’aurait-il trouvée indiscrète si je l’avais surpris en  train de faire l’amour à une autre… dans le lit conjugal.

 

AXEL

Là, cela aurait été une autre affaire ! Mais, vois-tu, ce n’est pas le cas, Sois heureuse que j’aie énormément de respect pour les choses sacrées. Et ces photos… ces photos… qui te dit qu’elles n’ont pas été placées ici, exprès, par quelqu’un qui veut briser, détruire notre couple.

 

BÉATRICE

Ce quelqu’un m’a tout l’air d’être… toi.

 

AXEL, faussement désolé

Mais, quelle idée ma chère ! Comment aurais-je pu vouloir détruire quelque chose qui me tient tant à cœur !

 

BÉATRICE, très en colère

Permets-moi d’en douter. Il n’y a qu’une seule chose qui te tienne à cœur : ta petite personne. Mettre des photos aussi compromettantes dans la chambre conjugale est tout bonnement de la provocation. Et ça, tu vas me le payer ! Je ne supporterai pas de rester dans cette maison une minute de plus.

 

            Béa se précipite pour attraper une valise au-dessus de l’armoire. Axel paniqué, accourt et tente de l’en empêcher.

 

AXEL, audacieux

Alors, tu vois un homme de dos, dans une photo et tu en déduis que c’est moi et pour ça tu es prête à tout foutre en l’air !

 

BÉATRICE

Quel culot ! Alors tu me crois incapable de te reconnaître de dos ?

 

AXEL

Ce dos est celui d’un homme et ça peut être n[importe lequel. Qui te dis que ce n’est pas une de ces photos que l’on trouve sur Internet ? Et puis, un dos d’homme quoi de plus banal ? Mais, enfin !

 

BÉATRICE

En tout cas, je reconnais ta montre !

 

AXEL, surpris

Ma montre ?

 

BÉATRICE

Bien sûr, ta montre ! D’ailleurs, je ne saurais me tromper car c’est moi qui te l’ai offerte !

 

AXEL, (rire forcé)

Ne me fais pas rire, Béa, cette montre doit être fabriquée à plus de cent mille exemplaires. Je ne vois pas pourquoi ce serait justement la mienne sur la photo ?

 

BÉATRICE, au comble de la rage

Ah bon ! Si je comprends bien, ton dos n’est pas ton dos, ton cul n’est pas ton cul et ta montre n’est pas ta montre. Mais… je vais finir par t’étrangler. On n’a pas idée d’accoucher pareilles inepties !

 

AXEL, (ton convainquant)

Puisque je te le dis, mon amour, il n’y a rien de plus courant et de plus banal qu’un dos, une paire de fesses dans un slip et une montre ! Tes arguments, avoues-le, mon trésor, ne tiennent vraiment pas debout !

 

BÉATRICE, furieuse

C’est bientôt toi qui ne tiendra plus debout si tu continues à m’agacer ! Encore un peu, j’aurais vu tes « bijoux de famille » et tu aurais trouvé le moyen de me dire que se sont ceux de ton grand-père !

 

AXEL,

ton mielleux dans un rire de gorge

Là encore, mon adorée, je pourrais te dire que mes « bijoux de famille » ne sont pas des modèles uniques. Il y en a bien des milliards sur cette terre !

 

BÉATRICE, furibonde

En tout cas, je peux te dire qu’une dame incapable de reconnaître ses bijoux, au sens propre comme au figuré, est une femme morte ! Bon, assez parler, je m’en vais !

 

AXEL, désespéré

Ma chérie, réfléchis bien avant de prendre une décision. Tu es en train de faire une grave erreur. Peut-être que tu es en train d’exaucer le vœu de cette dame.

 

BÉATRICE, l’air étonné

Quelle dame ? mais quelle dame ?

 

AXEL

Celle sur la photo, voyons !

 

BÉATRICE, confuse

Comment ? Je ne comprends pas !

 

AXEL

Pourtant, c’est pas sorcier, cette femme aimerait que je te quitte afin que je puisse l’épouser. En partant, tu lui feras énormément plaisir.

 

BÉATRICE

Tu te fous de ma gueule, Axel ! Franchement on aura tout vu. Adieu ! Et je te souhaite bonne chance avec ta petite « salopette » Elle désire être à ma place ? eh bien… je la lui cède. Moi, j’en ai assez d’être cocue.

( Elle tire la valise, la pose sur son lit, ouvre son armoire et commence à en tirer ses vêtements.)

 

AXEL, suppliant, lui prenant les deux mains

Ma chérie, écoute-moi, je te dis que tu fais une grave erreur. Quelle idée de tout briser pour une fille de rien !

 

BÉATRICE, surprise

Ah ! Ce n’est que maintenant que tu te rends compte que c’est une fille de rien. Jusque-là, elle avait bien plus d’importance que moi. Et puis, vlan ! Ce soir, c’est une fille de rien ! Quelle soudaine découverte !

 

AXEL, sur un ton mielleux

Mais, je l’ai toujours su. D’ailleurs, toutes les femmes sont des filles de rien, exception faite de toi. C’est pourquoi je t’ai épousée.

 

BÉATRICE

Vraiment ? Tu es si heureux d’être mon époux que tu ne m’invites plus à sortir. Je suis réduite au rôle de maîtresse de maison, de bonnes d’enfants et de chauffeur. Quand je reviens du bureau je ne te trouve jamais à la maison.  Tu pars tôt, tu rentres tard et tu appelles ça un mariage ?

 

AXEL

Mais, ma chérie, voyons, si je ne sors plus avec toi c’est pour te protéger. Les rues sont peu sûres. Les voleurs, les violeurs rôdent. Port-au-Prince et Pétion-Ville sont devenues des … des… foutoirs. Alors, une femme digne de ce nom reste chez elle et un homme, un vrai, met sa petite famille à l’abri.

 

BÉATRICE, pas du tout dupe

Les assassins ont-ils passé un communiqué sur les ondes pour prévenir la population qu’ils n'agresseraient que les femmes et les enfants… D’ABORD ! Encore une fois, les voleurs et les violeurs ont-ils avertis qu’ils ne s’attaqueraient qu’aux épouses ? Je m’imagine mal que ce qui serait pour moi un danger mortel, le serait moins pour une célibataire voleuse de maris. (Grincement de dents) arrête de te moquer de moi, Axel, j’en ai marre ! Au revoir m-o-n-s-i-e-u-r ! (ton péremptoire)

Béatrice referme avec hâte ses valises pleines.

 

AXEL, dépassé par les événements tente un autre jeu.

Tiens ! je te croyais beaucoup plus courageuse que ça !

 

BÉATRICE

Hum ! il faut bien du courage pour tourner le dos à toute une vie…

AXEL

Excuse-moi, mais je ne suis pas du tout de ton avis.

 

BÉATRICE

Je me fous de ton avis, Axel. J’ai mal, je m’en vais. Tes balivernes, je n’en ai que faire.

 

AXEL (ton grandiloquent)

Moi, je parlais de courage, de la volonté dont une femme peut faire montre pour sauver son mariage.

 

BÉATRICE, rire forcé

Ah ! ah ! ah ! ah ! Parlons-en de sauvetage quand toi tu t’acharnes à le noyer, ce mariage.

 

 

AXEL

Tu te trompes, ma chérie. Jamais je n’ai cherché à détruire « Ce que Dieu a uni ! »

 

BÉATRICE, totalement irritée

Ah bon ! tu fais tout pour me pousser à bout et …

 

AXEL

Tut tut tut tut tut … tu t’égares, chère amie, tu t’égares. Au contraire, avoir une maîtresse, c’est prêter longue vie à son mariage.

 

BÉATRICE

En tout cas, tu es bien en train d’avouer ta trahison. Et aussi, quand une proposition est vraie son contraire l’est tout autant !

 

AXEL

Trahison, trahison, quel grand mot pour une petite affaire de rien. Tu devrais être heureuse que j’aille voir ailleurs. Cela me permet d’être « cool » quand je rentre. Car, en sortant du bureau avec tous les problèmes que je dois y gérer, je suis d’une humeur massacrante. La dame en question fait les frais de ma mauvaise humeur et toi tu hérites d’un homme apaisé prêt à te donner toute la tendresse du monde et puis…

 

BÉATRICE, hurlant

Tais-toi, Axel, tu me mets les nerfs en boule. On n’a pas idée de déballer pareilles stupidités. Tes arguments, réserve-les pour le jour du procès.

 

AXEL, stupéfait,  bégayant.

Le jour du procès ? Mais quel jour du procès ? De quel procès parles-tu ?

 

BÉATRICE, légèrement confuse

Que dis-je, le jour de notre divorce, si tu veux.

 

AXEL

Encore de grands mots. Notre divorce ? Tu veux rire. Jamais je ne divorcerai. Il n’y a aucune raison d’ailleurs. Le mariage est une affaire sérieuse…

 

BÉATRICE

… Ah! enfin tu l’as compris…

 

AXEL

… Qui demande des concessions de part et d’autre !

 

BÉATRICE

Concessions de part et d’autre, parlons-en. Je suis toujours la seule à faire des concessions…

 

AXEL, sur un ton saccadé

… C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de faire, dès aujourd’hui, moi aussi des concessions.

 

BÉATRICE, incrédule

Ah ! Il faudrait voir !

 

AXEL, doucereux

Ma chérie, je te demande gentiment, amoureusement (le ton change et devient progressivement autoritaire) de remettre ces valises à leur place et de reprendre ton rôle d’épouse digne et aimante.

 

BÉATRICE, rageuse

Eh bien ! non, tu m’as déjà joué cette scène. Je ne me laisserai pas prendre à ton jeu une nouvelle fois. Je suis loin d’être une imbécile.

 

AXEL

Moi non plus, je ne suis pas un imbécile, figure-toi. Et je t’assure que ton entêtement à vouloir me quitter me laisse à penser que ton geste est peut-être prémédité…

 

BÉATRICE, surprise

Quoi ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne comprends pas ?

 

AXEL, hautain

Tu as bien compris…

 

BÉATRICE, méfiante

Compris quoi ? Qu’y a-t-il à comprendre dans ton charabia ? Que veux-tu insinuer ?

 

AXEL

Je n’insinue rien, je suis pratiquement affirmatif.

 

BÉATRICE

Tu affirmes quoi ? Mais, parles ! Pour une fois, exprime clairement ta pensée.

 

AXEL

Tout est pourtant clair !

 

BÉATRICE, qui hausse le ton

Non, mon cher pas assez. J’aimerais que tu traduises ta « pensée » à haute et intelligible voix.

 

AXEL

Bon ! Puisque tu insistes tant ! Voilà, TU AS UN AMANT (il détache chaque syllabe).

 

De stupeur,

         les  yeux de Béatrice s’agrandissent et elle porte

la main à sa bouche.

 

A suivre...

Épisode 2

Épisode 2

BÉATRICE, horrifiée
Je proteste avec toute ma véhémence. Ce n'est pas vrai et tu le sais !

AXEL
Et puis, une femme aimante ne se bat-elle pas afin de récupérer son bien ? Quelle plus grande preuve d'amour pour un homme que de voir son épouse prête à défendre son mariage du bec et des ongles ! Mais, chérie, en conclusion, tu ne m'aimes pas et ceci depuis fort longtemps. C'est dur à admettre, mais voilà la vérité !

BÉATRICE, ahurie
Ça c'est le comble ! Après des années de mariage et une conduite tout à fait irréprochable, c'est là ma récompense ! Mon Dieu, je crois rêver ! C'est toi qui triches, qui pèches et c'est moi la coupable. Ah bon ! Je ne t'aime pas ?

AXEL, hautain
Cela est maintenant évident ! Vouloir anéantir comme ça en quelques secondes (il claque des doigts) des années de vie commune, tous les doutes sont permis ! Tu ne m'aimes pas, c'est clair et je dois me faire une raison.

BÉATRICE, éclatant d'un rire nerveux
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Et toi tu m'aimes mon amour ? (Le ton est ironique).

AXEL
Et comment ? D'ailleurs, je fais mieux que t'aimer, je t'adore ! Je t'adore plus que tout au monde.

BÉATRICE, s'arrêtant brusquement de rire.
Eh bien, dis donc, si être fou d'amour c'est de se comporter tel que tu le fais, mon cher j'aurais préféré que tu me haïsses. Au moins, la logique aurait été sauve.

AXEL, imperturbable
Je t'aime et toi tu me trompes !

BÉATRICE, offusquée
Jamais tu ne me feras porter ce chapeau-là, tu entends Axel ! C'est hideux, affreux de ta part. Wap fè wont sèvi kolè. Moin pap pran nan kou sa a ! C'est même monstrueux de votre part, MONSIEUR.

AXEL
Monstrueux, monstrueux, c'est vite dit. Moi, j'aurais bien aimé savoir avec qui tu es et ce que tu fais durant tout le temps où je suis absent de cette maison !

BÉATRICE, rigolant
Ah ! la belle affaire ! la meilleure façon de le savoir c'est de poser ton cul chez toi, (elle détache ces derniers mots) c-h-e-r  a-m-i !
(Puis réfléchissant)
Tiens, tiens, tiens, tu me donnes une idée merveilleuse, mon chéri, au lieu de me morfondre comme une vieille peau après le boulot, j'aurais dut, tout bonnement, prendre un amant. Je t'assure que le temps me paraîtrait bien moins long.

AXEL
Qui me dit que tu ne le fais pas déjà !

BÉATRICE
Tu l'aurais su !

AXEL
Hélas, les maris sont toujours les derniers à savoir.

BÉATRICE
Bien sûr, puisqu'ils sont toujours ailleurs, entre les jambes d'une autre. Néanmoins, ce ne serait que justice que je te trompe. Œil pour œil dent pour dent !

AXEL
Voilà, je le savais ! Ton esprit est habité par de très sombres pensées.

BÉATRICE, ironique
Le tien, vide de toute aberration.

AXEL
Ta défense semble avoir été préparée depuis longtemps à l'avance. Avoue et mettons fin à cette mascarade.
FINISSONS-EN ! (Il martèle ces derniers mots).

BÉATRICE, vexée
Avouez quoi ? Je ne me suis rendue coupable de rien !

AXEL, impertubable
Moi, non plus.

BÉATRICE
Ah, non ! Toi, c'est une autre affaire. Les preuves, je les ai en main et je t'assure que j'aurai à les utiliser à bon escient.

AXEL
Je te répète que tu ferais une grave erreur !

BÉATRICE (sa mallette en main)
Adieu mon ami ! Je t'assure que tu entendras parler de moi.

AXEL, paniqué
Nous ne pouvons tout de même pas mettre fin à des années de vie commune de manière aussi moche.

BÉATRICE
Il n'en tenait qu'à toi que cela se passe autrement.

AXEL
Écoute, Béatrice...

BÉATRICE
Non, Axel, il est trop tard !

AXEL
Écoute-moi, écoute-moi bien, mon amour, faisons une trêve. Donnons à notre couple une seconde chance

BÉATRICE, moqueuse
Seconde chance ? mais nous en sommes bien à la centième ou à la millième. Voyons, tu ne sais plus compter ?

AXEL (lui prenant les mains et la suppliant)
Écoute, ma chérie...

BÉATRICE, rageuse
De grâce, ne m'appelle pas « ma chérie », tu m'agaces.

AXEL
Bien, mon amour, tout ce que tu voudras. Mais, ne pars pas ce soir.

BÉATRICE, surprise
Ah bon ! Pas ce soir ? Et... Quand... pourrais-je partir ?

AXEL
Demain, après-demain, quand tu veux, mais pas ce soir.

BÉATRICE, sceptique
Et ... pourquoi ?

AXEL, hésitant
Parce que ... parce que... c'est comme ça.

BÉATRICE
Ah ! monsieur essaie de briser mes élans...

AXEL
Voyons, ne dis pas de bêtises. Je te connais assez pour savoir que personne ne peut t'empêcher de prendre une décision.

BÉATRICE
Mais, tu n'as fait que ça toute ta vie. M'empêcher de tout.

AXEL (sourd à sa remarque)
Que ce soit demain ou dans quarante huit heures c'est du pareil au même et les rues sont... disons peu sûres, ce n'est pas nécessaire de tenter le diable à l'aube d'une nouvelle vie, d'une nouvelle indépendance. Se retrouver à l'hôpital avec deux ou trois balles dans le corps ou tout bonnement à la morgue ne résoudra pas le problème.

BÉATRICE, sarcastique
Oh ! Le merveilleux petit mari qui pense au bien-être de sa gentille femme adorée... que c'est charmant !

Béatrice attrape sa valise (à noter qu'elle est toujours en chemise de nuit) et ouvre la porte d'entrée, quand on entend plusieurs rafales d'armes automatiques. Béatrice prend peur et referme la porte avec précipitation

AXEL, victorieux
Ah, voilà ce que je disais !
s'emparant de la valise de sa femme, il la range au-dessus de l'armoire puis prend sa femme par la taille (elle se laisse faire docilement) la conduit vers le lit, la fait asseoir, lui enlève ses chaussures et la couche en la recouvrant d'un drap.
Voilà, mon amour, demain sera un grand jour, demain sera ton jour, le jour de ta victoire, (le ton change pour devenir impérieux) mais, ce soir, tu restes à la maison !

BÉATRICE
Oui, c'est ça, ma décision est prise et elle est irrévocable ! Demain, je m'en irai !

AXEL
Tout à fait, tout à fait, mon ange. Pas la peine à cette heure d'ameuter la meute.

BÉATRICE, s'étonnant
Ameuter la meute ? Mais quelle meute ?

AXEL, tout en se déshabillant
Tes anges gardiens ou plutôt tes chiennes de gardes.

BÉATRICE, dubitative
Mais, de qui veux-tu parler, Axel, je ne te comprends pas.

AXEL, se déshabillant (il est en boxer et chemisette) prenant place dans le lit
De celles dont je redoute la morsure, ta mère et ta grand-mère, mes futurs ex belles-mères.

BÉATRICE, offusquée
Quel mufle !

AXEL, éteignant la lampe de chevet
Bonne nuit, madame ! (ton péremptoire) (soupir de fatigue)

La salle est plongée dans le noir. Le couple garde ses distances de chaque coté du lit. Puis on entend le ronflement d'Axel. Béatrice se tourne et se retourne dans son coté du lit incapable de trouver le sommeil. (Temps mort) Puis, Axel se retourne et se colle à sa femme. Il l'embrasse et tente de l'enlacer en débitant des mots d'amour passionnés.

BÉATRICE, révoltée
Axel ! tout cela est bien fini ! n'oublie pas qu'entre nous c'est la rupture...

AXEL
Je n'oublie rien, ma chérie, t'en fais pas.

BÉATRICE
Alors, fous-moi la paix !

AXEL
Mais, écoute, ma chérie, on peut tout de même fêter notre... disons... rupture… de manière magistrale.

BÉATRICE
Ah, non ! Tu te fous de ma gueule, moi je n'ai aucune envie de baiser avec toi. Plus de désir, voilà ! Mieux, absence totale de désir.

AXEL
Oh, pour ça, t'en fais pas ! Je suis un expert, tu n'as qu'à te laisser faire et moi, je m'occupe du reste.

BÉATRICE
Tu es fou ! On ne va tout de même pas faire l'amour après tout ce qui s'est passé et tout ce qui s'est dit ce soir.

AXEL
Pourquoi pas, ma chérie, je ne vois pas ce qui nous en empêcherait. Nous sommes, tous les deux, adultes et vaccinés !

BÉATRICE, hystérique
Tu es malade, mon vieux !

AXEL, enfiévré
Il n'est quand même pas interdit de tester le goût que ça a quand on est en instance de divorce. On ne sait jamais, peut-être que tu aimeras beaucoup. Cela aura comme un goût d'interdit, de luxure... Et puis, ensuite, on pourra dire sans se tromper le moment exact où cela a été meilleur ; avant, pendant ou après le mariage !

BÉATRICE, ulcérée
Axel, non, non et non !

AXEL
Mais, Béa, qu'est-ce que cela peut bien te foutre puisque de toutes les façons tu mets les voiles. Soit fairplay, un beau geste avant ton départ ! Et puis, il faut bien pénétrer le corps du sujet pour mieux approfondir la question.

BÉATRICE,
Eh, non, là, tu ne m'auras pas, salaud !

Béatrice se saisit de son oreiller et l'écrase sur la tête de son mari. Celui-ci riposte de la même manière. Ça dégénère en bataille d'oreillers. Et ils se poursuivent à travers la pièce.

AXEL, vaincu, revenant dans son lit en poussant un long soupir
Après, madame s'étonnera qu'on puisse aller voir ailleurs.

Rideau

Acte II

Scène 1

(même décor)

Béatrice est seule, habillée d'un coquet tailleur. Elle téléphone (son de touches digitales puis, sonnerie). Quelqu'un répond à l'autre bout du fil.

BÉATRICE
Allo ! Maman !

LUCY, heureuse sur un ton enjoué
Oh ! Bonjour ma chérie ! Quelle bonne et agréable surprise !

BÉATRICE,
Maman, j'ai besoin de toi d'urgence !

LUCY, surprise et brusquement affolée
Qu'est-ce qu'il, qu'est-ce qu'il y a, ma chérie ?

BÉATRICE
Pourrais-tu venir à la maison, tout de suite ?

LUCY, inquiète
Es-tu malade, ma chérie !

BÉATRICE
Maman, je ne peux rien dire au téléphone. Je t'attends maintenant !

LUCY
Tu n'iras pas au bureau aujourd'hui ?

BÉATRICE
Non, maman ! Viens, je t'attends. Au fait, appelle grand-mère. J'ai besoin de vous deux, de toute urgence.

LUCY
Eh bien ! Dis donc, j'espère qu'il n'y a pas le feu !

BÉATRICE
Mais si, justement, il y a le feu !

LUCY
Bon, dans ce cas, j'arrive de ce pas !

Béatrice raccroche et fait nerveusement les cent pas dans la pièce. Elle bouillonne d'impatience. Claquement de la porte d'entrée, des pas précipites dans le vestibule. Entre Lucy qui a l'air d'une vraie furie, jupe de travers et cheveux en bataille.

BÉATRICE, éberluée l'embrasse et s'écrie :
Maman ! Quoi, est-ce que tu t'es vue ? On n'a pas idée de gagner les rues avec cette tête !

LUCY, vexée et abasourdie
Ça c'est le comble, tu me parles d'urgence, tu me dis même qu'il y a le feu et tu aurais aimé que dans cette situation de panique générale, je prenne le temps de me faire belle.

BÉATRICE, confuse
Excuse-moi maman, je ne savais pas à quel point mes paroles allaient te faire paniquer.

LUCY
Ah ! Ça il faut le dire, la panique s'est vite installée chez moi. Encore un peu et je serais sortie toute nue.

BÉATRICE, réprobatrice
Maman, maman, pas à ce point tout de même...

LUCY
Si, si, si, si à ce point je t'assure, je vous croyais les enfants et toi à l'article de la mort.

BÉATRICE
Mais non, maman, il n'y a rien de tout ça ! Allez, va t'arranger dans la salle de bain.

LUCY, ahurie
Tu veux me tuer Béa, c'est grave ! Me faire encore languir alors que je suis sur place, ça c'est un peu fort.

BÉATRICE
Allez, vas-y maman, de toutes façons j'aurais aimé que grand-mère soit là pour ne pas avoir à me répéter. Cette affaire est trop douloureuse. Mais, où est grand-mère ?

LUCY
Elle devrait être-là d'un moment à l'autre !

BÉATRICE
Alors, vas-y vite. Grand-mère, la coquette, risque de faire des réflexions désobligeantes si elle te voit dans cet état.

Lucy disparaît au pas de course et réapparaît au moment ou la grand-mère franchit le seuil de la porte d'entrée.Celle-ci est bien mise, une mise en plis impeccable et vêtue d'un élégant tailleur.

HORTENSE
Bonsoir, mes chéries, j'ai fait aussi vite que j'ai pu !

BÉATRICE, l'embrassant
Merci, grand-mère. Je sais que je peux compter sur toi. Vous êtes, maman et toi mes seules amies et mes confidentes attitrées.

HORTENSE
Alors, ma jolie, nous voilà réunies, quel est le problème qui m'a sorti de chez moi aussi tôt.

BÉATRICE, allant lui prendre le bras et la dirigeant vers le divan
Assieds-toi, grand-mère, car l'instant est grave ! Trois générations de Merceron se trouvent réunies pour laver l'insulte.

LUCY, excédée
Enfin, Béa, parle ! nos cœurs risquent de s'arrêter avant que tu ne nous dises de quoi il en retourne. Ah ! Mais c'est fatiguant à la fin !

BÉATRICE, conciliante
D'accord, d'accord, je vais tout avouer (elle se gratte la gorge) voilà ... euh... (renonçant) Ah ! mon Dieu, c'est difficile à dire...

LUCY, au bord de la crise de nerfs
Grands dieux, Béa, je t'en supplie arrête tes stupidités. Nous, on n'a pas que ça à faire toute la journée. Tu nous dis tout, tout de suite ou nous repartons à nos occupations.

HORTENSE
C'est vrai, Béa, ta mère à raison. Fais une profonde inspiration et jette-toi à l'eau !

BÉATRICE, résignée
Ah ! vous avez raison. À la fin je vais passer pour une niaise.

LUCY
Ça, tu peux le dire et Dieu seul sait combien, de générations en générations, dans la famille, nous sommes des femmes qui n'avons peur de rien.

BÉATRICE
C'est justement ça le problème...

HORTENSE, excédée, levant les bras au ciel
Ah ! non, Béa, tu ne vas pas recommencer

BÉATRICE
D'accord, d'accord, grand-mère ! Pas la peine de vous énerver toutes les deux. C'est juste que j'ai un peu honte de cette affaire. Je suis peut-être la seule depuis des générations à être dans cette situation...

(silence)
Lucy et Hortense sont littéralement suspendues à ces lèvres, elles retiennent leur souffle.
... Voilà, je suis... je suis cocue !

Hortense et Lucy, les yeux écarquillés, échangent un regard plein de surprise puis éclatent d'un grand rire. Elles se tordent pendant de longues minutes. Elles se marrent avec une joie indicible sous les yeux de Béa médusée.

LUCY, reprenant enfin son souffle
Oh ! Béa, ma pauvre chérie, ne me dis pas que tu as fait tout ce chichi à cause d'une infidélité ?

HORTENSE, riant toujours
Franchement, s'affoler, nous tenir en haleine tout ce temps pour seulement trois petits mots, on n'a pas idée, hein !

BÉATRICE, confuse, offusquée
Grand-mère, tu exagères. Trois petits mots, trois petits mots, c'est vite dit, on voit bien que vous n'avez jamais été dans le cas toutes les deux !

Hortense et Lucy se regardent à nouveaux en pouffant de rire.

HORTENSE, tentant de retrouver son calme
Jamais été dans le cas ? Mais, tu dérailles ma cocotte. Quelle femme sur terre pourrait se glorifier d'avoir un mari d'une honnêteté à toute épreuve ! Quelle femme n'a pas été cocue ?

LUCY, riant de plus belle
Seulement celles qui n'ont jamais eu d'hommes dans leur vie. Les célibataires endurcies. Peut-être qu'elles ont trouvé le moyen de se protéger contre ce fléau ! Elles ont bien été trahies, mais par autres choses, par leurs convictions, leurs principes, leur mode de vie et de pensée, mais jamais par un individu du sexe opposé. Et ça c'est quand même, pour elles, une bataille de gagnée !

BÉATRICE, béate
Quoi ? Vous êtes toutes passées par-là ! Mais, c'est incroyable. Pourtant vous n'avez jamais eu l'air de faire face à ce genre de problème ou de gérer ce type de frustration.

HORTENSE, ironique
Que voulais-tu qu'on fasse, l'écrire en grandes lettres sur notre front. De toutes les façons cela n'aurait pas servi à grand-chose car les autres savent toujours.

LUCY, riant en renchérissant
Ça c'est vrai, nous sommes toujours les dernières à être au courant !

BÉATRICE, au bord des larmes
Ce n'est pas possible, franchement, je n'en reviens pas que vous affichez une telle désinvolture face à... un problème... qui me bouleverse au plus haut point ! J'ai longtemps cru que vous étiez à l'abri toutes les deux, de cette... de cette... disons... ignominie.

LUCY, se précipitant et entourant de son bras les épaules de sa fille
Voyons, voyons ce n'est tout de même pas la peine de te mettre dans un état pareil pour si peu. Ce n'est pas une maladie si grave que ça. Nous avons bien survécu maman et moi. On n'en guérit peut-être point mais on n'en meurt surtout pas.

HORTENSE, péremptoirement
Encore un peu, je dirais que c'est même un élixir de jouvence.

LUCY, étonnée
Comment ça, maman, je ne te comprends pas ?

HORTENSE, qui tire un éventail de son sac a main et s'évente
Tu parles, ma chérie, quand Aurélien me trompait avec la voisine d'en face, je me disais qu'il fallait non seulement que je vive mais aussi, que je sois plus belle que jamais. Si elle s'attendait à ce que je foute le camp, eh bien ! Je l'ai déçue. Elle me narguait, je la narguais. J'ai même poussé l'audace jusqu'à faire un sixième enfant alors que ton père n'en voulait plus. Il fallait voir la gueule qu'elle a eue quand elle remarqua pour la première fois mon ventre tout rond. Alors là, je l'avais terrassée (et baissant le ton) ce n'est qu'après que j'ai remarqué que ce bébé était bien vivant et qu'il fallait que je m'en occupe 24 heures sur 24. À plus de 30 ans, c'est loin d'être une mince affaire.

LUCY, vexée
Merci, maman, contente d'apprendre dans quelle condition je suis née.

HORTENSE, repentante
Allons, allons, ma chérie, tu sais bien que je t'aie toujours adorée. D'ailleurs, (voix roucoulante) tu n'as jamais cessé d'être ma préférée.

BÉATRICE, pleurnicharde
Oh ! Grand-mère, je ne peux tout de même pas tomber enceinte par ces temps de vaches maigres. Le pays est grabataire, l'économie s'est effondrée. Serait-ce bien raisonnable ?

HORTENSE, levant les bras au ciel
Mon Dieu, mon Dieu, plus d'un siècle de féminisme pour entendre pleurer ma petite-fille sur une infidélité conjugale. J'aimerais bien voir la gueule de Simone de Beauvoir, de Yvonne Sylvain ou de Lydia Jeanty en ce moment même. Je crois que Simone t'aurait dit : « Il te trompe, tu fais pareil ! »

LUCY, horrifiée puis grondeuse
Maman, quelle idée de faire ce genre de proposition à Béa !

HORTENSE
Et alors, il l'a bien trompée, lui !

LUCY
Ce n'est pas la même chose...

HORTENSE, relevant fièrement le menton
Comment ça pas la même chose ! Si moi je l'ai fait du temps de ma jeunesse pourquoi pas elle.

BÉATRICE, consternée
Quoi, tu as fait ça, grand-mère ?

LUCY, catastrophée
Quoi, tu l'avais fait et tu me l'as caché toute ta vie. Dire que tu m'as toujours demandé de ne jamais m'écarter du droit chemin. Heureusement que j'avais pris le parti de ne pas t'écouter.

BÉATRICE, tombant des nues
Quoi ! Toi aussi, maman ! Mais, je rêve ! Je n'aurais jamais imaginé ma mère et grand-mère faisant... ça. Des femmes à la conduite exemplaire, irréprochable. Ah ! cette vie nous réserve de ces surprises !

HORTENSE
Écoute, ma chérie, tu n'es pas sans savoir, à ton âge, que la vie est une longue suite d'hypocrisie. Et, heureusement d'ailleurs, car que serait le monde si on devait tout dire et tout avoué ? Une CATASTROPHE !

A suivre...

Épisode 3

 

Épisode 3

BÉATRICE
En tout cas, grand-mère, le monde a bien changé. Par ces temps où le sida fait des ravages on ne peut plus se permettre de traiter une infidélité à la légère. Pis encore, de se lancer tête baissée dans des aventures sans lendemain.

HORTENSE
Erreur, ma jolie, depuis que le monde est monde, les temps ont toujours été durs. Si aujourd'hui le spectre du Sida effraie, de mon temps c'était la Syphilis. Celle-ci faisait des ravages et la Pénicilline n'avait pas encore été inventée. Dieu seul sait combien cette horrible syphilis était mortelle à cette époque. Et puis, c'est simple demande à ta mère, ton père lui avait bien une fois refiler quelques petites... bestioles.

LUCY, horrifiée, réprobatrice
Maman, arrête tout de suite ! On n'a pas idée de dire pareille chose à sa petite-fille.

HORTENSE
Mais, il faut bien qu'elle sache ce que nous avons subi avec nos hommes, car elle croit qu'elle est la seule sur terre à endurer certaines choses. Catastrophée par une partie cul de son homme, quelle affaire ! Ceci est monnaie courante. Ma grand-mère disait qu'au fond, les hommes qui aiment les femmes, sont amoureux non de celles-ci mais seulement du plaisir qu'elles peuvent leur procurer. Pas de plaisir... bye, bye... pas d'amour ! Tout ça, parce qu'on a élevé nos filles dans l'ignorance totale des choses du sexe. Une hypocrisie qui perdure. Ah ! la pauvre petite. Je suis sûre qu'elle pense que toutes ses aînées sont arrivées vierges au mariage.

BÉATRICE, terrassée
Comment, ça aussi, c'était des fadaises ?

LUCY
Maman, arrête, tu vas l'assommer, la pauvre petite !

HORTENSE
La pauvre petite, la pauvre petite, la pauvre petite, s'est vite dit, elle est bien grande tout de même, elle est mariée et mère de famille, elle ne va pas tomber dans les pommes pour si peu. Elle s'est pas mal débrouiller jusque-là. Ma grand-mère disait que le pire dans la vie c'est de ne s'être jamais servi de sa chatte, car on aura beau la serrer qu'on ne pourra pas en faire de la confiture. Une chatte déconfite n'est plus bonne à rien !

LUCY, la rappelant à l'ordre
Maman...

BÉATRICE, interrompant sa mère
Laisse grand-mère se défouler, maman, cela ne peut que nous faire du bien à toutes.

HORTENSE
Tu as raison, ma chérie, rien ne fait autant de bien que la vérité. Quand l'humanité apprendra à parler « sexe » sans rougir alors, elle sera sauve ! D'ailleurs, pourquoi avoir peur des mots. Moi, à mes âges je n'en ai jamais eu peur. (l'énumération se fait a un rythme rapide sans reprendre son souffle) Sexe, masturbation, chatte, verge, clitoris, jouissance, orgasme, pénis, testicule, vagin, matrice, seins sont des mots qui font parties du vocabulaire courant de la langue française et personne ne pourra m'interdire de les utiliser.

BÉATRICE, électrisée, applaudit
Bravo, grand-mère, je suis fière de toi !

HORTENSE, embrassant Béa
Cela dit, ma chérie, que vas-tu faire de ton infidèle de mari ? Vas-tu le condamner à la castration ?

BÉATRICE, revenant sur terre puis hésitante
Ben, je ne sais pas. Je ne sais plus que faire. C'est la raison pour laquelle, j'ai fait appel à vous. Je suppose qu'à trois nous serons mieux armées pour résoudre ce problème.

HORTENSE, pompeusement
Lucy, tu as entendu. Ta fille nous donne carte blanche pour nous venger de toutes nos frustrations passées, présentes et futures.

LUCY
Écoute, maman, Béa ne s'est pas exprimée clairement sur le sujet. Il ne faut surtout pas se précipiter. Je suis sûre qu'elle ne sait pas du tout de quoi tu es capable dans... ce genre de... cas.

HORTENSE
Voyons, voyons, ma chérie, je ne suis tout de même pas Mme Théard.

BÉATRICE, surprise
Ah bon ! Qui est madame Théard ?

HORTENSE, en rigolant
Mme Théard est une grande dame qui a su se venger des infidélités de son époux de la belle manière.

BÉATRICE, suspicieuse
Et... qu'a-t-elle commis comme délit, cette Madame Théard ?

HORTENSE, mystérieuse, l'air réjoui
Elle a ébouillanté son cher Gaston !

BÉATRICE, catastrophée
Quoi ?

LUCY
Eh oui ! Elle a fait bouillir de l'eau, celle-ci faisait bien cent degrés à ce moment-là, et pendant que Gaston ronflait, PAF ! elle l'en a arrosé. Résultat, un séjour à l'hôpital pour brûlures au second et au troisième degré. Par la suite, il est devenu l'époux le plus fidèle et le plus amoureux de la planète.

BÉATRICE, horrifiée
Ah non ! pas ça, ce serait méchant de ma part.

HORTENSE
Parce que tu penses que lui, il a été gentil avec toi ?

LUCY
Non, mais grand-mère, le châtiment a été bien dur, bien au-delà de la faute. Je ne fais quand même pas partie du club de femmes battues !

HORTENSE
Ah bon ! C'est ce que tu penses, un infidèle, ces jours-ci est un assassin potentiel. Premièrement, à cause du Sida comme tu l'as fait remarquer tout à l'heure. Deuxièmement, il y a toujours quelque part, sans qu'on ne le sache, une femme qui rêve de nous assassiner afin de nous ravir notre place et surtout nos affaires, toutes nos affaires. Crime de lèse-majesté par excellence ! Troisièmement, si tu attends d'être battu pour employer la manière forte, alors là, ce serait le comble de la bêtise. (Un ton plus bas) ma chérie comme disait l'autre, il faut venger « la race », ou alors quitte-le tout bonnement !

BÉATRICE
Mais, grand-mère... c'est impensable du moins... pas comme ça...

HORTENSE, excédée
Grand Dieu ! Béa de quoi as-tu peur ? De ne pas pouvoir refaire ta vie. À ton avis tu n'es pas assez belle pour que les hommes te convoitent. Bon sang, ma chérie, tu n'as vraiment rien à craindre, tu t'es regardé. Tu as des seins volumineux, des cuisses et surtout un postérieur redondant. (Hortense soupèse ses seins et ses fesses) Tu sais, les hommes, il suffit d'être capable de les faire bander et le tour est joué. Ils te suivront jusqu'au bout du monde. Je ne remercierai jamais assez le ciel de m'avoir faite femme. Je crois que cela a évité un suicide de plus sur cette terre ! Car je trouve les hommes malpropres ! Quelle idée de vouloir coucher avec des putes quand celles-ci ont fini de se vautrer quelques secondes, quelques minutes plus tôt avec votre garçon de cour, le clochard nauséabond du coin ou n'importe quel autre cireur de bottes. En définitive, ils rapportent la rue entre vos cuisses. Quelle horreur !

LUCY
Ah ! Ça c'est vrai, les hommes ne pensent qu'au sexe. Tiens, Béa est décontenancée par l'infidélité de son mari et dire qu'il y a des femmes qui seraient heureuses que leur mâle aille voir ailleurs. Les pauvres, n'étaient leurs règles, elles seraient sollicitées trente jours sur trente et vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! Heureusement que Dieu leur a offert quatre ou cinq jours de repos ! Mon amie, Mimi, elle, elle n'en pouvait plus des assauts répétés de son chaud lapin. Alors, un jour elle lui a dit : « Herby, je t'en supplie, trouves-toi vite une maîtresse sinon, moi, je vais crever ! » Ah ! ah ! ah ! ah ! (se rendant compte que ses propos n'avaient pas fait rire Béa, Lucy reprend vite son sérieux) Alors, revenons à nos moutons, Béa quelle est ta décision ? Quel genre de tortures vas-tu choisir pour ton Axel ?

BÉATRICE, désorientée
Non, je ne peux pas... je ne peux pas !

HORTENSE, harassée
Tu ne peux pas, quoi ?

BÉATRICE
Je ne peux ni l'ébouillanter ni le quitter ni lui demander de continuer à voir ailleurs.

LUCY, réprobatrice
Béatrice, si tu as déjà quelque chose en tête, je ne vois vraiment pas pourquoi tu nous as fait chercher...

Béatrice tout agitée se tord les mains en faisant les cent pas dans la pièce.

HORTENSE, songeuse
Tiens ! Tu pourrais lui jouer le tour de madame Camille.

BÉATRICE
Et elle avait fait quoi, Mme Camille ?

HORTENSE, l'air enchanté, sourire aux lèvres
Ah ! Mme Camille était une maîtresse-femme. Pour effrayer la maîtresse de son mari, c'était vers la fin des années 60, elle se déguisa en Tonton Makout, en fillette-Lalo, et se rendit jusqu'à Laboule pour menacer sa « Matlòt » de son revolver. La pauvre maîtresse en la voyant a fait sur elle. Je t'assure qu'elle ne demanda pas son reste. Le lendemain elle prit l'avion pour New York.

LUCY, riant
Oui, mais maman, la milice duvaliérienne n'existe plus. Béa ne peut surtout pas se déguiser en chimères. Elle ne serait pas crédible. Lavalas nous a enlevé le peu que nous avions comme système de défense.

HORTENSE, encore plus espiègle
Tu peux faire un truc à la... Loretta Bobitt.

BÉATRICE, surprise
Qui est Loretta Bobitt ?

HORTENSE
Loretta Bobbit est une américaine qui avait sectionné le gland de son homme à cause d'une infidélité. Pour être sûr qu'il ne mettrait plus jamais sa bite nulle part. Je crois que son époux se prénommait John, John Bobitt !

BÉATRICE, catastrophée
Mon Dieu ! Ça c'est l'horreur totale. Je ne peux tout de même pas lui faire ça. Le pauvre chéri ! Le mutiler serait aussi causer du tort à moi-même si on... décide de se remettre ensemble.

LUCY, riant toujours
Arrête, arrête, maman, tu vas finir par envoyer Béa à l'hôpital !

HORTENSE
Ok, ok, ok, assez de frayeur comme ça. Mais, Lucy, qu'est-ce qu'on pourrait bien faire pour l'aider...

LUCY
Ah ! Il faudrait être capable de changer la mentalité même des hommes. Les pauvres, ils doivent perpétuellement mettre leur virilité à l'épreuve faute de quoi, ils se sentent nuls. Pour eux, tout se passe en dessous de la ceinture !

HORTENSE
Tu te souviens, Lucy, de Mme Dartigue ?

BÉATRICE, affolée.
Grand-mère de grâce...

HORTENSE
T'en fais pas ma chérie, là c'est rien de grave. Madame Dartigue, fatiguée des frasques de son mari, disait à sa mère combien elle comptait divorcer. Sa génitrice la regarda du coin de l'œil et lui dit tout en continuant de tricoter : « Sophie, tu aimes trop les bijoux ! » et Sophie de répondre : « Tu as raison, maman ! » Et elle fit une croix sur ses projets de séparation. Alors Béa, de ton côté, ton mari te couvre-t-il de bijoux ?

BÉATRICE, confuse
Euh ! Non, pas... pas... vraiment.

HORTENSE, horrifiée.
Tout de même, alors là, je crois que cet homme ne t'est
d'aucune utilité, pardieu ! Allez, fais tes valises tout de suite, on s'en va !` Il n'y a aucune raison de rester avec ce goujat, ce mufle, cet ignare, ce... malotru, ce...

BÉATRICE, affolée
Attends, attends, grand-mère ne nous précipitons surtout pas...

HORTENSE, se tournant vers sa fille
Mais bon Dieu ! Lucy qu'est-ce que tu as fait à cette petite pour qu'elle ait peur de quitter un homme qui ne lui sert qu'à avoir des emmerdes. Il faudrait laisser ce genre de choses aux filles qui n'ont fait aucune étude et qui vivent aux crochets de leur mari. Pas toi, Béa !

BÉATRICE
Mais grand-mère...

HORTENSE
Ah ! Non, ne me dis surtout pas, tout comme ces petites imbéciles que tu te sentirais moins une femme si tu n'avais plus de mari. Jésus, Marie, Joseph. Toi, la petite fille d'une militante féministe avérée. Cent ans de lutte pour en arriver là ? C'est la catastrophe !

LUCY
Maman, je te l'ai déjà dit, la lutte des femmes pour l'égalité a fait la part belle aux hommes. En définitive, nous faisons tout le boulot, le bureau, les enfants, la maison, le personnel de maison notre carrière à gérer. Et eux, les hommes, que leur reste-t-il à faire, hein ? Courir les filles ! Encore une fois, ils ont gagné ! Ils nous ont poussées à bout, nous forçant à faire le maximum et eux, entre temps ils ont plein de temps libre. Ton siècle de lutte, ma très chère maman, n'a servi qu'à rendre la femme encore plus esclave. Si les hommes avaient évolué avec notre combat cela aurait été autre chose. Mais, hélas ! ce n'est pas le cas, loin de là...

HORTENSE
Sur ce point, tu as raison, l'évolution de l'homme aurait dû accompagner celle de la femme. Mais ces barbares n'ont pas été à la hauteur de cette tâche. Ils sont à plaindre d'ailleurs, car ils sont restés coincés dans leur sous-développement mental. Alors, Béa, vas-tu, comme ta mère et moi passer ta vie avec un débile mental ?

BÉATRICE, penaude
Mais, grand-mère, tu parles de tout sauf des sentiments. Je ne sais pas moi, des émotions ? L'affaire c'est que moi, j'aime mon débile mental et je ne voudrais surtout pas faire le douloureux choix de le quitter.

 

A suivre…

Épisode 4

Épisode 4

                                                                         HORTENSE

Mais ma chérie, les débiles mentaux ça courent les rues. Tu n’auras qu’a en choisir un autre. Et puis qu’est-ce que tu en sais des sentiments. Moi, à près de soixante ans de mariage, je pourrais t’en dire long. Tu l’aimes, tu l’aimes, c’est vite dit. Tiens, l’autre jour à l’église, une jeune fille m’a abordée pour me dire combien elle trouvait le couple que nous formions Aurélien et moi, formidable, car très amoureux. Je lui demandai à quoi elle avait deviné un tel sentiment. Elle me répondit qu’elle nous sentait épris l’un de l’autre à la manière dont nous nous tenions les mains avec ferveur pendant toute la durée de la messe. Alors là, j’ai éclaté de rire et lui fit remarquer que j’étais obligée de tenir fermement les mains de mon mari seulement pour l’empêcher de se craquer les doigts ! Geste qui m’agace suprêmement.

 

BÉATRICE, consternée

Tu n’as qu’en même pas dit ça à la barbe de grand-père ?

 

HORTENSE

Pourquoi pas ! Eux, ils font bien pire en s’affichant avec leur maîtresse. Alors, qu’est-ce que tu crois, que l’on peut appeler, amour, un tel comportement ? Moi, je connais une dame à qui son mari faisait une déclaration d’amour chaque jour en lui offrant des fleurs. Eh bien ! Il prit pour maîtresse une voisine qui habitait à deux maisons de celle de la dite dame. La pauvre, son mari lui disait parfois être en voyage pour son entreprise, pourtant il se cachait à deux pas d’elle. Et horreur suprême (ton ironique), il a fait des enfants à cette femme. Que c’est beau l’amour ! C’est même merveilleux. (elle redevient sérieuse) Écoute, ma chérie, le bonheur est quelque chose de rare et de précieux, de tout à fait personnel et intime que l’on construit soi-même, par soi-même, pour soi-même, et avec soi-même. Alors, ne compte surtout pas sur un homme pour te rendre heureuse. Ils sont bien trop égoïstes pour cela ! Le bonheur doit venir de l’intérieur. Et puis, tu sais, passé le cap de la trentaine, l’être humain parvenu au stade de la machine à calculer, perd toute sa spontanéité. On se demande si l’on peut toujours parler d’amour. Tout est calcul, intérêt, compromis social et économique donc, laisse très peu de place aux sentiments. Apprendre à être heureuse en dehors de l’autre, voilà un exercice que devrait faire tout être humain.

 

LUCY, applaudissant

Bravo maman, ton plaidoyer est fantastique.

(Ralentissement graduel des applaudissements et changement de ton.

Celui-ci n’est plus enjoué).

Mais, je crains que tu n’aies prêché dans le désert. Regardes-moi le visage de notre pauvre petite chérie. Elle se sent perdue. Je crois bien, qu’au lieu de l’aider nous lui avons carrément sapé le moral.

 

HORTENSE

Alors, qu’elle nous dise elle-même ce qu’elle veut faire. Moi, j’ai épuisé toutes mes ressources. Béa, encore une fois, je te demande, quelle solution tu préconises puisque les miennes ne te plaisent pas.

 

LUCY,

soudain comme illuminée claquant les doigts dans les airs.

J’ai une idée, j’ai une idée, et je vous assure que celle-ci est formidable.

 

HORTENSE, circonspecte

Dis toujours, on verra bien si madame ne fera pas encore une fois la difficile.

 

BÉATRICE, suspicieuse

J’espère que ce n’est pas une idée comme celles de grand-mère.

 

LUCY, le visage rayonnant

Ah ! Non, j’ai trouvé une solution à cet épineux problème.

 

HORTENSE, impatiente

Lucy, ma chérie, comme tu peux être agaçante, accouche de ta solution et qu’on en finisse. Il y a tant de choses à faire à la maison et depuis quelques minutes j’ai l’impression de perdre mon temps ici.

 

LUCY

Eh bien ! Voilà, si Béa est incapable de l’ébouillanter, de le quitter ou de le mutiler, elle aurait intérêt au moins à lui faire peur.

 

BÉATRICE, grimaçante

Lui faire peur ? Je ne comprends pas…

 

LUCY

Mais attends, ma chérie, laisse-moi au moins terminer. Puisque tu n’as pas d’amant, tu pourrais tout simplement faire semblant d’en avoir un. Et l’honneur serait sauf.

 

HORTENSE, l’œil pétillant

Voilà, voilà, voilà ! Lucy ma chérie, tu es géniale. À défaut d’en avoir un vrai, Béa peut demander à un ami de jouer le rôle d’un amant fou d’amour qui vient enlever ( le ton est importé – plein de trémolos dans la voix ) sa maîtresse afin de la soustraire à la méchanceté de son mari. Formidable, extraordinaire ! (se tournant vers sa petite-fille ) Béa, as-tu un ami qui pourrait t’aider ?

 

BÉATRICE, effarée

Quoi ? Quoi ? Quoi ? Je ne vous suis pas vraiment toutes les deux. Un ami qui m’aiderait à faire quoi ?

 

LUCY, légèrement excédée

Un ami qui accepterait de se faire passer pour ton amant, afin de rendre jaloux ton mari, voyons !

 

HORTENSE

Exact ! Ça au moins, c’est pas bien méchant et c’est bourré de toutes sortes d’avantages.

 

BÉATRICE, incrédule

Comme quoi, par exemple ?

 

LUCY

Eh bien ! Ma chérie, tu n’es pas sans savoir que les maris les plus infidèles sont les plus jaloux. Alors, l’idée c’est de lui laisser croire que ta solitude est comblée par quelqu’un d’autre.

 

BÉATRICE

Et au final, quel sera le résultat ?

 

LUCY

Le résultat, le résultat… sera qu’il n’osera plus te laisser des heures entières seule à la maison. Il n’y a rien de mieux que de lui montrer que toi aussi, de ton côté, tu peux bien prendre tes aises en dehors de lui. Alors là, tu vas le voir rappliquer tout de suite.

 

BÉATRICE, résignée

Bon, l’idée n’est pas mauvaise, mais quel ami pourrait me rendre ce service. Mes amis sont tous mariés d’ailleurs. Je ne peux tout de même pas compromettre leur mariage sous prétexte de rafistoler le mien.

 

LUCY

Tiens, que dirais-tu d’appeler Bob, ton ami d’enfance ?

 

 HORTENSE, interférant

Bob, bob, tu n’y penses pas voyons avec la gueule de soûlard qu’il a, il ne serait pas bien crédible.

 

LUCY, réfléchissant rapidement

Voyons, voyons, qui d’autre, qui d’autre ? Mais dis-donc, Henriot pourrait faire l’affaire !

 

HORTENSE, catastrophée

Henriot ? Tu n’y penses tout de même pas. Un type qui a tout l’air d’une base de la NASA, bardé de cellulaires, de radio communication et de bippers accrochés à sa taille sous prétexte de vouloir être joignable à tout moment dans la journée. Encore un peu, il aurait flanqué une antenne parabolique au milieu de son crâne. Il ne faut tout de même pas se couvrir de ridicule.

 

BÉA, soudain comme illuminée 

Ah ! Mais tiens, je connais quelqu’un ! Mais oui, c’est la personne idéale. C’est Norma ! J’ai trouvé, j’ai trouvé ! Ô mon Dieu, c’est formidable !

 

LUCY et HORTENSE (en chœur)

Quoi ? Norma ? Mais nous on ne veut pas de ta Norma ! Ce que nous cherchons c’est un homme ! Et, tout ce qui a de plus viril, pas une femme !

 

BÉATRICE

Tout à fait, tout à fait et nous l’avons trouvé. Car, Norma est un homme et pas n’importe lequel.

 

LUCY, impatiente après une brève hésitation

Alors, tu l’appelles tout de suite et en deux temps trois mouvements on va monter notre plan de bataille.

 

BÉATRICE

J’y vais de ce pas !

 

               Béa se précipite vers le téléphone et compose un numéro tandis que sa grand-mère et sa mère mettent un semblant d’ordre.

Quelques secondes plus tard elle raccroche, satisfaite.

 

BÉATRICE, heureuse

Et voilà, Norma, de son vrai nom Norbert, sera là dans quelques minutes, car il habite juste à côté.

 

À peine Béa a-t-elle placé ces derniers mots que quelqu’un frappe à la porte.

 

A suivre...

 

Épisode 5

 

Scène II  ( même décor )

 

 

BÉATRICE

Entre Norma, fais comme chez toi, voyons !

 

Alors, entre un drôle de phénomène vêtu d’un short assez court à fleurs multicolores et d’une chemisette blanche tenant dans sa main droite un non moins drôle de Chiwawa. Le petit chien est blanc coloré de rose et porte un énorme nœud rouge à son cou. Norma maintient sa main gauche dans les airs dans un geste très féminin.

 

NORMA, d’une voix efféminée

Bonjour mes cocottes, bonjour mes amours, comment ça va ? ( Son ton est haut ).

Il embrasse tout le monde sur les deux joues. Hortense et Lucy sont toutes les deux ahuries de la familiarité du personnage qu’elles ne connaissaient pas du tout, il y a juste deux secondes.

 

BÉATRICE

Alors, Norma, tu vas bien ?

 

NORMA

Pour sûr, ma jolie, je me porte comme un charme. Et toi ? Tu avais l’air bouleversée quand tu m’as parlé. Ce petit coquin d’Axel te cause certains soucis semble-t-il ?

 

BÉATRICE, hilare

En plein dans le mil ! Comment as-tu pu deviner !

 

NORMA,

(dans un battement de cils) ses yeux s’éclairent

Bon, tu sais, il est tellement… tellement beau gosse,  tellement mignon, que le contraire m’aurait étonné.

 

BÉATRICE, sur un ton défait

Norma, pour te parler franchement, Axel à une autre femme dans sa vie.

 

NORMA, déçu

Ah ! Une femme, quel dommage !

 

BÉATRICE

Arrêtes la plaisanterie, Norma, j’ai besoin que tu m’aides.

 

NORMA

Et… en… quoi puis-je t’aider, ma chère amie ! Le monde d’Axel est si éloigné du mien… (d’une toute petite voix) ce qui est d’ailleurs regrettable, je te l’avoue franchement.

 

HORTENSE, agacée du personnage

( le ton est plutôt rapide)

Écoutez, jeune homme, ma petite-fille est en train de vous dire que pour se venger de l’infidélité de son mari, elle voudrait lui donner une leçon mémorable et elle cherche quelqu’un qui puisse l’y aider.

 

NORMA

Ah ! Elle a bien raison ! Les affreux, ils sont tous pareils inconstants et volages. Je peux vous en dire long. Je suis d’accord pour qu’il reçoive la monnaie de sa pièce.

 

HORTENSE

Bravo, Norbert, c’est merveilleux de rencontrer un homme tel que vous…

 

NORMA, suppliant

Je vous en prie, madame, appelez-moi Norma, ce prénom sied beaucoup mieux à ma personnalité.

 

HORTENSE

Comme vous voudrez, Norma ! Alors, je disais que les hommes ont une façon de vous faire des vacheries ce qui est tout à fait inacceptable. Ce sont des mufles !

 

NORMA, l’air réjoui

Si vous saviez madame combien vous êtes dans le vrai, madame ! Je suis ravi de voir à quel point nos vues convergent. Ah ! Madame, je vous adore déjà !

 

HORTENSE

Mon Dieu, enfin un homme qui accepte d’avouer, les défauts des siens. Il va pleuvoir ce soir !

 

NORMA, suppliant

Si vous voulez bien, nous pourrions… fonder ensemble, l’association… des hommes battus.

 

LUCY, surprise

Comment ça ? L’association des hommes battus ?

 

NORMA

Bien sûr, bien sûr, « hommes battus par d’autres hommes » Voilà ! Comme cela nous ferons entendre nos voix ! Trop longtemps nous nous sommes tus. Le monde entier (il hausse le ton) devra savoir nos peines et nos malheurs. La brutalité dont nous sommes souvent victimes, les viols à répétition. Je vous assure, madame, on a beau être gay mais, notre vie n’est pas très gai.

 

HORTENSE

Pas très gai, pas très gai ça c’est vous qui le dites. D’ailleurs, une femme n’a rien à voir dans vos histoires d’hommes.

 

NORMA, avec un trémolo dans la voix

Erreur, c’est la même lutte, le même combat afin que nos hommes, nos amants, nos amours se montrent plus fidèles, plus tendres, plus compréhensifs et surtout moins brutaux, moins violents dans leur relation avec leur partenaire. Le monde serait si beau, si merveilleux, s’ils faisaient un effort sur eux-mêmes. ( Il s’emporte ) S’ils acceptaient enfin de privilégier les sentiments, de croire enfin en l’amour. Celui avec un grand A ! Mais, grands dieux ! Qu’est-ce que cela leur coûte de faire montre d’un peu de gentillesse !

 

HORTENSE, interloquée

Excusez-moi de vous interrompre, jeune fille ou plutôt jeune homme…

 

NORMA, l’interrompant, suppliant

Ah Non ! dites plutôt jeune fille, c’est si merveilleux de vous l’entendre dire.

 

HORTENSE, fâchée

MONSIEUR ! Excusez-moi, mais tout ce que vous dites là est tout à fait en dehors du propos du jour. Nous ne sommes pas ici pour résoudre vos problèmes mais ceux de ma petite-fille. (se tournant vers Béa) Ma chérie, je crois, à regret d’ailleurs, que tu viens de faire de nouveau un très mauvais choix. J’ai passé ma vie à défendre la cause des femmes, et je vois mal comment, à mes âges, je passerais dans l’autre camp, celui de l’ennemi. ( se tournant vers Béa) Si cet énergumène persiste dans sa plaidoirie, je crois que je vais finir par avoir des problèmes avec l’association de défense des droits des homosexuels. Alors, là, se serait un comble !

 

NORMA, vexé, au bord des larmes.

Ah ! Que la vie est bête, les femmes passent leur temps à rêver d’un homme qui aurait leur degré de sensibilité, et dès qu’elles le rencontrent, elles ne veulent que le réduire au silence. Moi, je dis que j’ai bien le droit d’afficher mon côté féminin. Disons mieux : ma féminité ! Si vous me l’interdisez alors, vous faites preuve de plus de férocité que ces supers machos qui vous rebutent tant. Mais qui pense à nous ? La société dans son ensemble est homophobe… Ne sommes-nous pas nous aussi des êtres humains ?

 

BÉATRICE, éclatant de rire

Allons, grand-mère, allons Norma, il nous faut nous montrer solidaires si nous voulons affronter un ennemi commun. Ces discussions de vieilles commères, c’est fort peu pour nous. Nous reprochons aux hommes leur intolérance, nous n’allons tout de même pas nous engager sur cette même voie.

 

HORTENSE

Ma chérie, moi, tout ce que je veux c’est que tu expliques à ton ami, que ce que nous attendons de lui, pour la mission que nous voulons lui confier, c’est d’être un homme, un vrai, capable de rendre Axel jaloux.

 

NORMA, ému, pleurnichard

Oh ! Mon Dieu, rendre Axel jaloux, j’en ai rêvé tant de fois. Mais, hélas, le méchant garçon n’a pas un regard pour moi.

Il renifle bruyamment

LUCY

Bon voilà, c’est magnifique car aujourd’hui nous allons vous donner l’occasion de vous venger de lui. Mais de grâce, séchez vos larmes, il déteste ça !

 

HORTENSE, agacée des reniflements de Norma

Béa, ma chérie, je te pose encore une fois la question ! As-tu fait le bon choix ? Je crois que dans ton cas actuel, il faut t’arranger de manière à limiter les dégâts mais aussi à ne plus faire de gaffes.

 

BÉATRICE, confiante

Grand-mère tu vas voir, Norma est un homme sensible mais intelligent. Dès qu’on lui aura expliqué ce qu’on attend de lui, il saura bien remplir son rôle. Il fut, dans un passé encore récent, un homme de théâtre, un acteur hors pair.

 

A suivre…

 

Épisode 6

 

Épisode 6 Les Infidèles 22 juillet 2007

 

HORTENSE

Ah ! Je suis heureuse de l’apprendre. Alors, faisons vite de tout lui expliquer, car j’ai beau faire la grande gueule, mais il faut bien que je rentre enfin m’occuper de mon petit chez moi. De plus, je vous assure à tous que parler des hommes n’est pas du tout mon sujet de prédilection.

 

NORMA

Il faut que je vous dise que de mon côté aussi, madame, parler des femmes n’est pas mon passe-temps favori.

 

BÉATRICE, navrée, découragée

Ah ! Non, vous n’allez tout de même pas recommencer ces chamailleries !

 

NORMA

Non, mais ! C’est elle qui se croit tout permis. Elle agit comme si les femmes n’avaient jamais aucun tort. Eh bien, moi je vais vous dire, j’ai une amie lesbienne dont je suis le confident, quand elle me raconte sa vie sentimentale j’ai envie de pleurer. Croyez-moi celle-ci n’est pas du tout rose. Savez-vous que les femmes savent battre d’autres femmes et ceci sans ménagement aucun, que des femmes violent aussi leurs concubines. Et là où l’injustice est plus flagrante, dans ce cas-là, c’est que les victimes n’ont absolument aucun recours. Car un juge ne prendra jamais en considération ce genre de cas. La loi, très certainement, ne prévoit même pas ce genre de délit. Une femme violentée par trois autres amazones pourra-t-elle un jour obtenir justice ? Pensez-y madame, après nous pourrons discuter.

 

BÉATRICE,

en séparant les antagonistes qui s’affrontent du regard et dont les visages se touchent presque.

Allez, allez, ça va, encore une fois, là n’est pas la question du jour. Vous allez tous vous calmer afin que l’on puisse échafauder un plan de bataille.

 

HORTENSE, qui capitule

Bon, d’accord, d’accord, on y va !

 

Ils s’asseyent tous en cercle et parlent à voix basse  Puis, tout à coup Béatrice hausse le ton pour dire :

 

BÉATRICE

Sortons, ici les murs ont des oreilles ! Nous serons bien mieux dans un restaurant tout à fait anonyme !

tandis que le rideau tombe.

Rideau

 

Acte III

 

                     AXEL et un ami FRANCIS, viennent de pénétrer tout en bavardant sur la scène. AXEL claque la porte derrière lui.

 

AXEL

Alors Francis, qu’est-ce que je te sers, du whisky ou du cognac ?

 

FRANCIS

J’opterai bien pour le whisky car il me faut quelque chose de très fort pour calmer mes émotions. Je n’arrive pas à en croire mes oreilles. Il faut être fou pour laisser traîner des photos compromettantes dans une chambre conjugale. Je dirais même mieux ce n’est pas de la folie c’est de la BÊTISE !

 

AXEL

FRANCIS, fais-moi grâce de tes jérémiades, je t’ai déjà expliqué l’histoire. Naomie me menaçait de tout avouer à ma femme concernant notre idylle. Alors, moi, je lui ai cloué le bec en lui disant que si elle persistait à détruire mon foyer moi, je divulguerais ces photos intimes à sa mère, ses amis et aussi aux abonnés du net.

 

FRANCIS, ricanant

Tiens, tu as dû faire tout ça pour qu’elle ne dise rien à ta femme. Bravo ! Tu t’en es toi-même occupé et ceci de la belle manière. Quel gâchis ! Tu aurais mieux fait de t’abstenir. En plus de passer pour un gros imbécile, l’étiquette de maître-chanteur va te coller à la peau. C’est le bouquet !

AXEL

Mais, mon vieux, que voulais-tu que je fasse ?

 

FRANCIS

Je ne sais pas, moi ? Louer un coffre à la banque, par exemple, dont le numéro secret t’aurait garanti une discrétion absolue. Mais surtout ne pas fourrer tes cochonneries dans ta chambre à coucher. Quel con ! Moi à la place de Béatrice je t’aurais quitté non pas seulement à cause de tes infidélités mais surtout à cause de ta bêtise. Vraiment, je suis ALLERGIQUE ( s’énervant ) à la bêtise.

 

AXEL,

s’asseyant en soufflant et se prenant la tête entre les mains

C’est vrai, je ne suis qu’un pauvre con !

 

FRANCIS

Au fait, pourquoi trompes-tu, ta femme ? Elle est belle, sensuelle, spirituelle, charmante,  instruite, cultivée, pleine d’allant, de conversation agréable, mais que diable te faut-il de plus ? Est-elle un bon coup au lit ?

 

AXEL, se levant et faisant les cent pas.

De ce côté non plus, je n’ai rien à lui reprocher ! Je ne sais pas, je ne sais plus. Peut-être un vieil instinct de chasseur inscrit dans mes gênes.

 

FRANCIS

Excuse-moi, mais ta réponse est stupide. Cette fille avec qui tu sors ne lui arrive pas à la cheville. Tu risques de lâcher la proie pour l’ombre. Est-ce qu’au moins tu en as conscience ? Il faut être fou pour jouer autant avec le feu.

AXEL

Je ne sais plus, je me sens si minable.

 

FRANCIS

Est-ce que tu l’aimes, ta maîtresse ?

 

AXEL, excédé

Tu ne t’attends pas, j’espère, à ce que je te dise que je la déteste ! Bon, disons que aimer serait un verbe un peu fort. Disons, disons que… c’est quelqu’un avec qui je passe du bon temps après les tracasseries du bureau, quelqu’un de disponible qui n’est surtout pas en train de s’occuper de la maison, des enfants, de la bouffe. Quelqu’un sur qui je compte pour me faire dorloter comme un bébé. Cela me fait un bien fou.

 

FRANCIS

Pour résumer tout ça, disons que tu t’occupes de ta petite personne. Au fond, c’est une forme d’égoïsme, tu ne trouves pas ?

 

AXEL

Francis, voyons, il ne faut pas exagérer, égoïste est un bien grand mot. Disons, que c’est une façon de faire passer son stress.

 

FRANCIS

Ouais, ouais, en t’inventant un autre stress.

 

AXEL

On ne peut quand même pas tout avoir. Le beurre et l’argent du beurre.

 

FRANCIS

Bon, est-ce que tu serais d’avis que ta femme ait aussi un amant pour faire passer son stress ?

 

AXEL, révolté

Ah non, surtout pas. Et puis d’ailleurs quel stress ?

 

FRANCIS

Comment ça, quel stress ? Oses-tu insinuer que le stress et l’angoisse sont des attributs purement masculins ? Que ce sont des sentiments tout à fait étrangers aux femmes ?

 

AXEL

En tout cas, le leur doit être bien moindre que le nôtre. L’obsession de la réussite financière, la concurrence outrancière et la lutte pour toute sorte de pouvoir qui existent entre les individus de sexe mâle ont eu raison de nous. Et il faudrait ajouter que la concurrence existant entre les hommes et les femmes sur le marché du travail n’est pas pour arranger les choses. Alors, la seule façon de guérir nos maux c’est de tomber dans les excès. Il y en a qui choisissent l’alcool ou d’autres drogues dures. Par contre, moi, je fais partie de ceux qui cherchent un creux douillet ou se réfugier de temps à autre afin d’oublier les bobos de la vie.

 

FRANCIS, ironique

Jusqu’à ce que ce creux douillet provoque à son tour de nouveaux problèmes.

 

AXEL, soupirant

Ah ! c’est là, la grande difficulté de vivre. Les premiers moments d’euphorie passés on retombe dans la banalité du quotidien. On se rend compte bien vite que l’autre est un humain comme les autres qui, tôt ou tard, fini par laisser paraître ses exigences. Alors, mon vieux quand ça arrive, il faut tout de suite mettre les voiles et voguer le plus loin possible de cet ancien havre de paix qui s’est converti en un dangereux nid de guêpes.

 

FRANCIS

À quoi a servi tout ça en fin de compte ?

AXEL, désabusé

À rependre son souffle. À permettre à l’Homo Erectus de se sentir roi pendant une période qui sera certainement bénéfique à sa santé mentale et préservera la terre d’une extinction de race qui pourrait lui être fatale.

 

FRANCIS, riant

Excuse-moi, mon cher, mais je trouve que tu as une vision un peu simpliste de la chose qui, de toute évidence, peut faire autant de dégât qu’une bombe à neutron.

AXEL

Ah, ça ! Surtout quand un sentiment, fort pernicieux, appelé la JALOUSIE se mêle de la partie. Alors, tout va de travers. On se rend compte que ce qu’on avait confondu avec une merveilleuse aventure n’est en somme qu’une courte embellie. De gros nuages gris s’amoncellent à la vitesse de l’éclair et c’est l’orage. Pas le temps de se mettre à l’abri et on est trempé jusqu’aux os, quitte à se mettre au lit avec une grosse grippe qui virera très vite en pneumonie.

FRANCIS

Au moins, je vois que tu es quand même conscient de certains risques.

 

AXEL

Mais bien sûr, j’en suis parfaitement conscient. Mais que veux-tu, c’est comme une merveilleuse musique sur laquelle on ne peut s’empêcher de danser. C’est plus fort que tout. Il n’y a rien de plus indomptable, à mon avis, que le désir et le plaisir. On a beau prendre parfois de bonnes résolutions l’on finit toujours par flancher. À croire que cette résistance au plaisir et au désir est totalement incompatible avec la nature même de l’homme. Une sorte d’alchimie hormonale qui pousse toujours au pire. Quitte à le regretter totalement par la suite. Tiens, pendant que j’y pense… tu n’as jamais trompé ta femme, toi, FRANCIS ?

 

A suivre…

Épisode 7

FRANCIS
Non ! À vrai dire, je ne pense pas que cela m'intéresse beaucoup. Car, moi s'il y a quelque chose dont j'ai horreur, c'est de mentir. Je trouve tout à fait indigne d'être pris en flagrant délit de mensonges. C'est vilain ! Ça ne cadre pas avec mon statut d'adulte responsable.

AXEL
Allons, allons mon vieux, moi, je ne mens jamais. Moi aussi j'ai horreur du mensonge.

FRANCIS, étonné
Ah bon ! alors qu'est-ce que tu fais exactement ?

AXEL
Je ne dis rien ! Voilà !

FRANCIS, outré
Arrêtes Axel ! Là, tu te fous de ma gueule et je déteste ça !

AXEL
Écoute, cher ami, quand je dis à ma femme que je l'aime c'est une vérité absolue.

FRANCIS
Même si, quelques minutes plus tard, tu te retrouves dans les bras d'une autre ?

AXEL
Mais bien sûr, car vois-tu, cher ami, moi je fais une différence entre une infidélité sexuelle et une infidélité amoureuse ou sentimentale. Je tromperai vraiment ma femme le jour où je tomberai amoureux d'une autre. Je t'assure que jusqu'au moment où je te parle cela n'est jamais arrivé. Je pars à la rencontre d'un autre corps d'un autre sexe mais en aucun cas à celui d'un autre cœur. Ce geste d'aller vers un autre corps je le considère comme une attitude plutôt saine. On se prouve par ce fait qu'on est bien vivant. Une manière de défier la mort, je dirais! En réinventant chaque jour une nouvelle liberté. En redessinant les courbes de la séduction, rien de bien méchant, mais que d'autres s'amusent à interpréter de la mauvaise manière. Au fond, c'est quoi l'infidélité. Moi, je distingue deux formes d'infidélité, l'une passive et l'autre active. Faire l'amour à son conjoint en pensant à quelqu'un d'autre n'est-ce pas une forme d'infidélité. Quand un couple va au lit, il n'y va jamais seul. Il est accompagné d'au moins deux ou trois « personnes » !

FRANCIS, s'esclaffant
Oh, que c'est beau de philosopher, surtout quand les blessés se trouvent dans le camp adverse.

AXEL
Aucune guerre n'est juste, mon vieux. Il faut bien l'admettre ! Grand-mère disait souvent que les hommes n'ont qu'un seul sexe mais voudraient satisfaire plusieurs femmes à la fois.

FRANCIS
Faire l'amour à deux femmes simultanément, mon vieux, tu dois être superman. C'est déjà fort difficile d'en combler une ! (hésitation) De deux choses l'une : soit tu bâcles tes ébats amoureux soit tu vas te tuer à la tâche. Quoi qu'on dise, on est bien moins résistant qu'on veuille le faire croire !

AXEL
Ah ! c'est la raison pour laquelle il faut profiter de sa jeunesse pour faire... certaines choses

FRANCIS
En tout cas, je pense que tu devrais te dire de temps en temps : qu'on ne fait pas aux autres ce qu'on aimerait pas qu'on vous fit à vous-même. Arrêtes de fanfaronner, cela te sera salutaire! Et puis, zut !

AXEL, surpris
Pourquoi dis-tu ça?

FRANCIS
Écoute, Axel, c'est bien beau ton blablabla mais une chose grave est arrivée et tu risques de te faire larguer par ta femme. Du jour au lendemain, tu risques de tout perdre. Et là, ton baratin ne te servira à rien. Au contraire, je vois mal ta femme accepter ta théorie de... l'infidélité sexuelle comparée à l'infidélité amoureuse. En général, les femmes sont vindicatives et elles ne supportent pas d'être bafouées de la sorte. Que vas-tu faire si elle plie bagages et demande le divorce ? Bon Dieu, mon vieux, reviens sur terre !

AXEL, qui se dégonfle
Ah ça ! Ce serait la catastrophe. Tu sais bien que je ne pourrais pas vivre sans elle. Et puis les enfants ? Jamais je ne me résignerai à les voir vivre loin de moi.

FRANCIS
Alors, mon vieux, qui veut la fin prend les moyens. Arrête de bomber le torse et de croire qu'à l'homme tout est permis et à la femme non. S'il y a bien un point où les égalités sont criantes dans un couple c'est quand on parle de sentiments. Moi, à ta place, pour sortir de ce bourbier la tête haute, je demanderais pardon à ma femme et lui promettrais de mettre un terme à cette relation extra- conjugale et lui jurerais de ne plus jamais recommencer.

AXEL, se levant pour faire les cent pas
Faire mon Mea Culpa. Il n'y a rien de mieux à faire à ton avis ?

FRANCIS
À mon humble avis, tu n'as pas vraiment le choix. Entre le compromis et le ridicule, un homme intelligent ne tergiverse pas. Du reste, que peux-tu faire quand les preuves de ton infidélité se trouvent entre les mains de ton épouse ! C'est un comble ! L'ennemie peut te terrasser en une fraction de secondes. On a beau jouer au Don Juan, tout ça c'est pour épater la galerie, dans la vraie vie hum... tu risques d'y laisser quelques plumes...

À ce moment précis, quelques coups sont frappés à la porte. Ces messieurs sursautent. Une voix d'homme se fait entendre c'est Dantès, le père d'Axel.

DANTÈS
Axel, es-tu là ? C'est Dantès, ton vieux papa qui a une grande envie de te voir !

AXEL, heureux
Ah ! Mon cher papa, entre, j'avais justement grand besoin de toi !

L'homme (Dantès) pénètre dans la pièce.

DANTÈS
Salut la compagnie ! Je suis le bienvenu paraît-il ? Mais, quelle tête vous faites tous les deux ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

AXEL
Ah ! c'est que, mon cher vieux papa, j'ai de gros problèmes et je suis sûr que ta vieille expérience saura éclairer notre lanterne.

DANTÈS, perplexe
De quoi s'agit-il ?

AXEL
Eh bien, voilà...

Les trois hommes se concertent à voix basse au beau milieu de la pièce. Puis, après avoir poussé de hauts cris pendant toute la durée de la conservation Dantès lance à haute voix, pendant que le trio se disperse :

DANTÈS
Mon fils, tu es cuit ! Tu n'es vraiment pas chanceux. Tu t'es mis dans une situation terrible. De celles qui exigent une vengeance immédiate et dévastatrice. D'ailleurs, le premier réflexe de ton épouse, sera de te cocufier dans les heures qui viennent, avec le premier venu. Ça, une femme ne te le pardonnera jamais. Tu risques de passer ta vie à appréhender un éventuel coup bas revanchard de l'ennemie. Crois-moi, Axel, Francis a raison ! Mieux vaut implorer son pardon et tout faire pour qu'elle oublie cette triste affaire, car ta rédemption, ton repos d'esprit, en dépendent.

AXEL
Tu le crois, toi aussi ?

DANTÈS
Bien sûr ! Et je dirai même plus : Il serait préférable de ta part d'adopter un profil bas et de te faire oublier car de repos, tu n'en auras plus jamais ! Si tu t'avises de vouloir jouer à la forte tête, tu es cuit ! Rien ne peut faire autant de mal qu'une femme blessée dans son orgueil et dans son amour-propre. Elle peut te faire voir de toutes les couleurs. L'épouse, hier gentille, aimante et attentionnée peut se révéler être un adversaire redoutable et elle aura bien raison. Et, surtout, évite à tout prix le divorce. Elle peut te lessiver d'une manière telle que tu te retrouveras si chiffonné qu'il te sera difficile de retrouver une apparence normale. Il y a des plis qu'aucun fer à repasser ne saurait défaire tant les dégâts sont considérables. Jamais plus tu ne pourras retomber sur tes pattes.

AXEL, effrayé, le visage livide
À ce point ?

DANTÈS
Ouais, ouais, ouais ! Je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi de se retrouver dans une situation similaire à la tienne. Je dirais même, qu'à ton insu tu as déclenché un état suicidaire. Une guerre nucléaire à huit clos, un conflit...

AXEL, perplexe, l'interrompant
À ton avis, quelles en seraient les conséquences à court ou à moyen terme ?

DANTÈS, catégorique
L'enfer !

AXEL, le visage tordu par l'effroi
Ce qui signifie ?????

DANTÈS
L'enfer ! Je crois que ce mot se passe d'explications. Et les hommes sont fragiles. Ils se sentent toujours désarmés quand les tempêtes féminines se déchaînent. Ne te fais pas d'illusions, c'est triste à dire et souvent très dur à accepter mais elles sont plus fortes que nous !

FRANCIS, réjoui
Ah ! Voilà ce que je te disais il n'y a pas longtemps. Quand elles sont gentilles le monde est merveilleux et le paradis à portée de mains ! Mais, quand elles sont blessées et quand la colère gronde en elles, une colère juste note bien, elles deviennent les êtres vivants les plus redoutables de la planète.

AXEL, décontenancé
Mais, que faudrait-il que je fasse ?

DANTÈS
Il faut la surprendre avant qu'elle ne mette son plan de vengeance à exécution. Mettre bas les armes le plus tôt possible afin d'éviter d'irréparables dégâts !

FRANCIS
Voilà bien ce que je disais !

DANTÈS
Leur vengeance est si terrible, cher ami ! Nul mâle sur terre, n'aurait aimé être un cocu magnifique ou endosser une paternité douteuse. Il y a des offenses qui vous mènent droit à la tombe.

AXEL, décontenancé
À ce point papa ? Je crois que là, tu exagères un peu !

DANTÈS
Loin de moi l'envie de vouloir te paniquer ou de vouloir t'effrayer mais ceci n'est que l'expression même de la réalité. Des siècles, voire des millénaires de domination masculine n'ont fait qu'exacerber les femmes. Et là, à la moindre occasion, la moindre petite faille ou un prétexte futile et elles vous font regretter le jour où vous êtes venus au monde.

AXEL, frondeur
Voyons, on ne va tout de même pas se laisser faire ?

DANTÈS
Ah ! Mais pour cela il faut avoir raison. Et de raison tu n'en as pas ! Au contraire tu es un super champion en torts toutes catégories. Un recordman imbattable. Tous les hommes font de leur mieux pour cacher leur infidélité à leur femme. Et toi, qu'est ce que tu fais ? Tu l'étales tout bonnement dans ta chambre à coucher. C'est impensable !

AXEL
Mais, bon Dieu, papa ! Puisque je te dis que je ne l'ai pas fais exprès.

DANTÈS
Au fait, pourquoi cocufies-tu ta femme ? N'est-elle pas une bonne épouse ?

AXEL
Bien sûr qu'elle l'est !

DANTÈS
Une bonne mère de famille ?

AXEL
Bien sûr, bien sûr !

DANTÈS
Une bonne maîtresse de maison ?

AXEL
Insurpassable, vraiment je n'ai rien à redire sur ce point !

DANTÈS
Aime-t-elle le bon vin, la bonne chair ? Est-elle chaude au lit ?

AXEL
Là, c'est un sans faute !

DANTÈS
Alors là, mon cher, je ne te comprends vraiment pas ! On ne donne pas ce genre de baffes à une femme comme celle-là !

AXEL
Puisque je te dis que je n'ai pas fait exprès !

DANTÈS
Ah, ça, cher ami, tu essaieras d'en convaincre ta femme. Et je t'assure que je n'aurais, pour rien au monde, aimé être à ta place. Moi, de mon temps il restait encore aux hommes un tant soit peu de galanterie... euh... Comment dirais-je un esprit... de chevalerie ! En ce temps on pensait surtout à leur chanter des sérénades sous leur fenêtre.

AXEL, ironique
Vous les anciens, vous dites ça mais d'un autre côté vous leur refusiez le droit de jouir.

DANTÈS, surpris
Ah ! Tu crois vraiment ça ? Mais de qui tiens-tu pareilles âneries ?

AXEL, satisfait de son coup
Bon ! Disons... de plus grands que moi, bien évidemment.

DANTÈS
Hum ! Tout cela n'est que foutaise ! D'ailleurs, la preuve en est bien grande. Les femmes se sont battues pour leurs droits civiques et politiques, pour le droit à l'avortement, leurs droits à l'égalité des salaires. Mais jamais... au grand jamais elles n'ont gagné les rues pour le droit à la jouissance. Ça au moins, elles peuvent nous le concéder.

AXEL
Mais j'ai bien entendu dire, qu'autrefois une femme qui jouissait était considérée comme une catin, bonne pour le bûcher.

DANTÈS
Ah ! celui qui t'a fait croire à cette ineptie est un hypocrite ou tout bonnement un homosexuel ! Et puis, se sont les vraies femmes qui jouissent, pas les putains, voyons ! Ces dernières ne font que simuler et n'arrivent qu'à tromper les jeunots, les puceaux et les imbéciles !

AXEL
En tout cas, c'est ce que j'avais entendu dire !

DANTÈS
Si tout cela est vrai, je me demande comment la terre a pu continuer son mouvement de rotation et de révolution. Les femmes l'auraient carrément stoppée. La jouissance des femmes suffit à elle seule à nous propulser, nous les hommes, très loin dans l'univers astral. Oh ! quelle beauté, quelle majesté ! C'est vrai que ce phénomène a rendu pas mal d'hommes jaloux. Ces derniers croient toujours que l'orgasme des femmes dépasse de loin celui des hommes. Du reste, il faut que je te dise ce fameux « décollage » des femmes, fait partie intégrante de la virilité de l'homme.

FRANCIS, rigolard
Ah, bon ! Explications s'il vous plaît !

DANTÈS
Mais, c'est connu, il n'y a rien de plus frustré, de plus traumatisé qu'un homme qui n'a jamais pu faire jouir une femme et ceci... « à la main comme.. à la machine ». Le pauvre il risque d'investir sa vie entière dans cette forme de « quête ». Quitte à essayer toutes les femmes de la terre. Tiens ! j'ai un ami qui disait toujours que les hommes les plus jaloux sont ceux qui n'ont jamais fait jouir leurs femmes. Car ils craignent deux choses : Primo qu'un nouvel amant se rendre compte de quoi il se contente si ça marche pas, si sa femme est nulle au pieu, à l'horizontal comme on dit. Secundo, si ça marche, elle gueulera tant qu'il saura avoir réussi là où le mari à échoué lamentablement. Dans les deux cas, ce sera l'humiliation suprême. Pour confirmer mes dires, dans les années 60, le bruit avait couru que le grand dictateur François DUVALIER, Président de la République était totalement impuissant ! Donc, incapable de satisfaire sa femme. Ces ragots plongèrent l'homme le plus puissant du pays dans un tel état de rage et de désespoir que pour clouer le bec à ceux qui lui avaient fait ce tort considérable on l'entendit dire sur les ondes d'une station de radio bien connue de la capitale : (voix nasillarde de François Duvalier) « demandez à Simone si je suis impuissant, je sais la faire hurler. Et on peut l'entendre à des kilomètres à la ronde ! » Alors, mon vieux, tout ça c'est pour te dire que depuis la nuit des temps l'orgasme féminin est la grande passion des hommes. Et un homme, digne de ce nom, qui n'aurait jamais vu de sa vie le merveilleux spectacle d'une femme en train de jouir n'a qu'à aller se faire pendre.

AXEL
Et... comment expliques-tu cette animosité que les femmes ont certaines fois à notre endroit ?

DANTÈS
Eh bien, c'est simple : le point de départ de tout cela est tout bêtement « la jalousie ». Les hommes ne savent plus quoi inventer pour parvenir à dominer, à domestiquer les femmes. Car une femme est un homme et demi.

FRANCIS, qui émet un sifflement admiratif
Un homme et demi ? Mais qu'est ce que cela peut bien vouloir dire ?

DANTÈS
Cela veut dire, qu'en plus d'avoir tout ce qui constitue un être humain elle a quelque chose que les hommes, les pauvres, n'auront jamais : c'est le fait de pouvoir porter les enfants et de les mettre au monde. En plus d'un vagin elles ont une matrice. Et ce fait n'est pas des moindres pour attiser la jalousie des hommes jusqu'à la folie ! La folie (il devient grandiloquent, lève les bras au ciel, tourne sur lui-même) de vouloir les écraser pour que jamais elles ne puissent se rendre compte qu'elles nous dépassent de milles coudées. CE SONT ELLES QUI NOUS METTENT AU MONDE. Sans elles, la race humaine est menacée d'extinction. Elles pourraient s'enivrer, s'enorgueillir de cette toute-puissance. Mais l'homme, tapi dans l'ombre, veille. Et il profite de sa force physique pour rabaisser le caquet de ces plus que chanceuses. Alors, il leur invente un ghetto et les y cantonne depuis des siècles et des siècles amen ! Ah ! Messieurs vous connaissez bien le dicton : « Ce que femme veut, Dieu le veut ! » Cette simple petite phrase à toute son importance. Parfois, vous savez, je me demande si Dieu, en réalité, n'est pas une femme. Là, encore, les mâles ont voulu faire croire au monde le contraire mais... mais... c'est presque une évidence. Tant pis pour ceux qui veulent encore se leurrer. Les femmes ont des formes, des courbes, des seins, des fesses. Et nous ? Qu'est-ce que nous avons à part notre pending pendang. Ah ! Terrible constat : pas grand chose. Et encore une fois, messieurs, pour tout cela nous voulons les punir. Leur écrasante supériorité nous a poussés au crime ultime ; Leur laisser croire qu'elles sont inférieures à nous. De plus, messieurs, en matière sexuelle le coup de grâce, elles ont une meilleure maîtrise que nous. Quand nos hormones affolées nous jouent de vilains tours, les leurs les poussent à la sagesse. Notre véritable adoration pour leur petite chatte, si mignonne qui vire souvent à la totale addiction leur permet, une fois de plus de prendre l'avantage à notre grand détriment (à tous). Alors ! Les femmes seront toujours plus fortes que nous ! Elles n'ont pas peur du sang. Chaque mois elles y sont confrontées à cause de leurs règles, quand bon nombre d'entre nous s'évanouissent à sa simple vue.. De plus, elles ne craignent pas la douleur. Elles y sont habituées. Elles accouchent dans des douleurs effroyables et sont encore plus vivantes que nous. Elles sont des êtres doubles, voire triples ! Et pour finir, je dirais que pendant des siècles nous avons été des imbéciles tout en nous croyant intelligents ! À force de confier aux femmes toutes les tâches ménagères, toutes les corvées croyant, par ce fait, les humilier, nous en avons fait des « Titans » ! Et nous, nous sommes devenus de plus en plus minables. Nous avons joué avec elles à qui perd gagne. Maintenant, nous ne savons plus rien faire tout seul et cela fait de nous leur esclave !

FRANCIS
Je pourrais ajouter, aussi, que la jalousie des hommes envers les femmes à atteint des proportions démesurées avec l'excision. Ils cautionnent cette pratique dans nombre de pays, au nom d'une certaine religion, seulement pour la satisfaction de savoir qu'elles n'auront pas accès au plaisir et à l'orgasme qu'ils voudraient qui soit un attribut spécifiquement masculin !

DANTÈS
Ah, que les hommes sont petits, toujours esclaves de leur sexe. Tenez, j'avais un ami originaire de la ville du Cap-Haïtien qui s'était présenté aux sénatoriales et savez-vous pourquoi il n'a pas été élu ? Eh bien, son principal adversaire, une femme, Madame Hémerick, qui connaissait ses péchés mignons a fait interviewer par une chaîne de télévision locale une simple fille des rues. Les téléspectateurs ahuris ont entendu la dame avouer que notre ami lui devait « deux plaisirs ». Quelle honte, de demander un crédit pour des orgasmes ! Et, de plus, de ne pas les payer ! Il perdit, en une seconde toute sa crédibilité et Madame Hémerick fut élue par une écrasante majorité de Capois. Franchement, cela ne peut arriver qu'aux hommes ! Quelle imbécillité ! Messieurs, si vous avez compris tout cela, faites toujours amende honorable dans vos conflits avec elles et comportez-vous en gentlemen. Sans quoi, tout ce qui pourra vous arriver par la suite vous l'aurez cherché et personne ne pourra grand-chose pour vous ?

AXEL, totalement sonné
Papa, à t'entendre, on sent que tu as beaucoup appris en soixante ans de vie !

DANTÈS
Mon fils, crois-moi, il y a beaucoup de choses que j'ai apprises à mes dépens. Et il y a des erreurs regrettables que je ne referai jamais jusqu'à ma mort : Comme par exemple : sous-estimer les femmes ! Elles sont plus que futées et elles naissent avec la ruse dans leurs gênes et ça, c'est de la faute des hommes. En fin de compte, les hommes ne sont que des petits qui veulent jouer aux grands !

AXEL, sur un ton admiratif, un tant soit peu ironique
Je l'apprends un peu tard, mais je crois que maman a été une maîtresse-femme ! Encore un peu, j'ai l'impression, qu'elle t'aurait traumatisé.

DANTÈS
Ah ! Ta mère, mon fils, ta mère est une femme exceptionnelle. J'ai eu de la chance d'avoir croisé sa route. Car, sans elle je ne serais rien aujourd'hui. On dit, et non sans raison d'ailleurs, que derrière chaque grand homme se cache une femme. C'est une vérité de la Palisse. Alors, mon petit, fais gaffe ! Je ne pense pas que ça vaille la peine de foutre en l'air un mariage qui marche pour de simples pulsions sexuelles, pour quelques parties de jambes en l'air.

FRANCIS, se tournant vers Axel
Ah ! Je suis heureux de voir que ton père est de mon avis. C'est ce que je tentais de lui expliquer tout à l'heure.

DANTÈS
Messieurs, messieurs, soyons raisonnables et posons-nous la question : Que faisons-nous de mieux... avec une maîtresse ? Baiser ou dépenser ? Moi, je vous assure qu'un jour j'avais une « amie », je passais mon temps à la chercher dans les rues de la ville parce que j'étais persuadé qu'elle me mentait à longueur de journée et qu'elle avait plusieurs amants à la fois. Tout cela m'empêchait de travailler voire de vivre NORMALEMENT. Ensuite, je dépensais beaucoup d'argent à lui offrir des cadeaux rien pour qu'elle accepte de faire l'amour un peu plus souvent. Je me sentais devenir un véritable mendiant. Et un jour, je me suis rendu à l'évidence qu'en fin de compte que, frustré le plus souvent, je rentrais à la maison faire l'amour à mon épouse et tout cela sans avoir à débourser un sou, sans avoir à lui payer une nouvelle voiture ou un nouvel appartement. Au fond, je crois que les hommes sont bien bêtes de courir à n'en plus finir vers de nouvelles aventures pour des résultats souvent décevants.

AXEL
Bien bêtes, bien bêtes, c'est vite dit, c'est sans compter sur ces fichues hormones qui nous travaillent au corps. Tout ça c'est la faute au bon Dieu, il n'avait qu'à faire un seul modèle de femme. Mais non ! pour prouver à quel point il est fort, il a fabriqué des femelles de tous les types, de toutes tailles, de toutes les couleurs, plus appétissantes les unes que les autres. Et leurs chattes ? Çà n'en parlons pas... une diversité à vous rendre dingue, donc insatiable.

DANTÈS
Ah ! Ah ! Ah ! Je suis entièrement d'accord avec toi. Mais, il faut que je te dise que Dieu est un pince sans rire. Il a fait tout cela exprès afin de tester le pouvoir de volonté des hommes. Et, par ces temps difficiles où l'acte d'amour peut être une condamnation à mort, il est urgent de savoir se maîtriser. Le temps est venu pour nous de montrer qu'au moins, la volonté, nous en avons beaucoup plus que les femmes !

AXEL, sur un ton badin
Volonté, volonté, parfois j'en viens à détester ce mot. Eh bien ! On pourrait dire que le mariage est une sorte de marathon, de décathlon ou même de triathlon dont tout le monde voudrait être le vainqueur. Somme toute, le mariage est une épreuve de force. C'est très bien d'avoir vingt, trente, quarante, cinquante ans de mariage mais c'est certainement au prix de votre vie !

DANTES, riant
Ainsi va la vie, mon petit ! Demande aux hommes qui sont restés des célibataires endurcis s'ils pensent avoir été mieux logés que nous. Ils te diront leurs regrets de n'avoir eu ni femmes ni enfants. Le mariage est, à mon avis, la plus haute discipline qu'un être humain puisse s'imposer. Et sont des héros, ceux qui se sont mariés et qui ont pu le rester. Mais que serait la vie sans certaines épreuves ?

FRANCIS
Voilà qui est bien dit !

DANTÈS
Alors, mon fils, toi, il ne te reste qu'une chose à faire.

AXEL
Oui, oui, oui, je sais : demander pardon à ma femme...

DANTES, l'interrompant (ton pompeux)
À genoux !

AXEL, résigné
... À genoux, évidemment et avec des fleurs et lui promettre de ne jamais plus lui faire de peine.

DANTÈS
Tu en profites pour lui offrir un cadeau ! De préférence, un magnifique bijou, les femmes adorent çà ! De plus, pour couronner le tout, tu lui offres un beau voyage dans le pays de son choix !

AXEL
Ah ! Je vois que tu t'y connais en réparation, papa !

En disant cela Axel se dirige vers le bar, remplit trois verres de glace, y verse deux doigts de rhum et sert ses messieurs.

AXEL
Alors, messieurs, nous allons trinquer pour sceller le nouveau pacte. À bas l'infidélité, vive le mariage !

DANTÈS
Eh bien, maintenant nous allons t'aider à faire tes petites emplettes. Vive le marié !

Ces messieurs trinquent de bon cœur. Ils continuent de parler et de rire, puis ils sortent tous les trois tandis que le rideau tombe.

Rideau

A suivre...

Épisode  8

 

Acte IV

( Même décor )

 

BÉATRICE et NORMA sont assis côte à côte dans le salon ils se concertent toujours. On entend seulement leurs dernières phrases. NORMA est habillé de façon excentrique pantalon blanc moulant, t-shirt juste-au-corps et foulard au cou.

 

BÉATRICE

Bon, alors ! Tu as bien compris, tu te caches dans le placard et peu de temps après qu’il se soit installé dans son lit tu fais du bruit.

 

NORMA

Mais, quel bruit ?

 

BÉATRICE, prise au dépourvu

Ah ! Ça, je n’en sais rien. N’importe lequel, voyons ! Comment veux-tu que je sache ? Fais semblant de te cogner la tête contre les parois. Tape du pied, n’importe quoi, quoi !

 

NORMA

Bon, bon, ça va, je trouverai bien quelque chose le moment opportun.

 

BÉATRICE

L’important, c’est de laisser croire à mon mari que moi aussi j’ai un amant. Donc, que je me suis déjà vengée de son infidélité !

 

NORMA

T’en fais pas, ma cocotte, ton homme va devenir bleu de jalousie en découvrant le super mâle que tu caches dans ton placard. (En disant cela il montre ses biceps).

 

BÉATRICE, le regard malicieux

Ah ! Ça j’y compte bien. J’aurai au moins l’impression d’avoir remporté une belle victoire, une grande victoire. Ce sera tout même mieux que de passer pour une idiote, une imbécile, qui accepte tout !

 

Des bruits de pas se font entendre.

 

BÉATRICE, affolée

Vite, le voilà ! Cache-toi vite ! Moi, je m’occupe du reste. C’est incroyable il rentre plus tôt que d’habitude !

 

Tandis que NORMA se cache, BÉATRICE survoltée, s’ébouriffe les cheveux, défait quelques boutons de son corsage, froisse les draps après avoir jeté le couvre-lit sur la chaise la plus proche,  se couche et fait semblant de regarder la télévision.

 

Le bruit de la porte d’entrée qui s’ouvre et la première chose qui pointe le nez est un énorme bouquet de fleurs.

 

De surprise, BÉATRICE porte ses mains à ses joues tandis que ses yeux s’écarquillent.

 

BÉATRICE

Oh ! Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu !

 

AXEL,

calme, détendu, un sourire heureux sur les lèvres

Bonsoir, mon amour ! Ce n’est pas Dieu, ce n’est que moi ! Un demi-dieu, donc !

 

BÉATRICE, bégayant

Mais…mais… qu’est-ce qui t’arrive AXEL. C’est bien… C’est bien la première fois, en douze ans, que tu m’offres des fleurs.

 

AXEL, hilare

Il faut un début à tout mon trésor. Et, je vais tenter de rattraper le temps perdu.

 

BÉATRICE, jetant des regards vers l’armoire

Mais… mais je ne comprends pas, tu sais bien que le temps perdu ne se rattrape pas.

 

AXEL

Tut tut tut tut tut ! Tous ces proverbes sont des bobards. Le moment est venu pour moi de te prouver le contraire. Tu vas voir, ma chérie, à partir d’aujourd’hui, je serai un homme nouveau, un époux fidèle et attentionné, un amoureux qui prendra le temps de te dire à quel point il t’aime et combien sa vie serait bien moche sans toi…

 

BÉATRICE, les yeux écarquillés de surprise

Quoi ? Mais, Axel, est-ce que tu vas bien ?

 

AXEL

Et comment, ma chérie ! Jamais je ne me suis porté aussi bien de toute ma vie. Comme dirait la chanson de Francis CABREL ( il fredonne )

                   Je n’étais rien mais voilà qu’aujourd’hui

je suis le gardien du sommeil de ses nuits,

                                  je l’aime à mourir…    

    

BÉATRICE, de plus en plus consternée

Axel ! Es-tu devenu fou ?

 

AXEL

Bien sûr, ma jolie, je suis devenu fou, fou de toi. Ô, Mon Dieu, quelle douce folie !

 

BÉATRICE

Mais, c’est incroyable… il n’y a pas longtemps…

 

AXEL

T’occupes pas de ce temps-là, il est à jamais révolu. J’ai eu si peur que tu me quittes mon amour que je suis prêt à tout pour te garder. À plaquer ma maîtresse… D’ailleurs, à bien réfléchir qu’était cette femme pour moi, hein ? Rien ! Seulement un passe-temps comme un autre. Je viens tout juste de lui signifier son congé. Cette… cette pimbêche… aurait pu… me faire perdre mon bonheur, perdre la femme que j’aime par-dessus tout.

 

BÉATRICE, se sentant fondre

C’est bien vrai ce que tu dis, mon chéri ?

 

AXEL

Mais, je n’ai absolument aucun intérêt à te mentir. J’ai eu tellement honte de m’être conduit avec toi comme un mufle. Ah ! Vraiment je suis impardonnable. Mais voilà, je me suis repris à temps et désormais j’ai décidé de consacrer mon temps libre à ma femme et à mes enfants. Finies les escapades qui ne mènent à rien du tout. À partir de « dorénavant » je suis un homme neuf. Tu vas voir, accorde-moi une seconde chance et je te prouverai combien est fort mon amour pour toi. Tiens j’oubliais, (il tire une petite boite de sa poche et la lui tend) c’est pour toi !

 

BÉATRICE, stupéfaite et bouleversée, ouvre la boîte

Quoi ? Mais c’est merveilleux, mon chéri, comme il est beau ce bracelet !

 

AXEL

Tu le mérites mon amour, car ton dévouement à ta petite famille n’a pas de prix. Et puis, tu sais, les diamants sont éternels, tout comme l’amour que je te porte.

 

BÉATRICE,

émue jusqu’aux larmes, éperdue de bonheur

Oh ! AXEL, si tu savais le nombre de fois que j’ai rêvé de ce moment.

 

AXEL,

qui se met à genoux après avoir essuyé une larme qui courait sur les joues de sa femme.

Ma chérie, ne pleure pas, ne pleure plus. Je te demande sincèrement pardon de tout le mal que j’ai pu te faire et te promets que jamais plus cela n’arrivera. Alors, tu me pardonnes ? (il se relève et lui tient la main)

 

BÉATRICE,

qui se jette éperdument dans ses bras

Oui, oui, oh oui, mon amour je te pardonne de tout mon cœur.

 

AXEL

Ah ! Ma petite femme adorée, comme c’est bon de te serrer dans mes bras. Et… si nous partions tous les deux… loin, très loin de tout. Si nous nous envolions vers Venise… toi et moi en amoureux.

 

BÉATRICE, éperdue

Quoi ? Ce voyage que tu me promets depuis le jour de nos noces ? Mais cela fait déjà douze ans, mon chéri…

 

AXEL

Exact, mon trésor ! Tu vois que ton cher époux peut rattraper le temps perdu. J’ai décidé de faire de toi la femme la plus heureuse de la terre !

 

BÉATRICE

Ô Axel, c’est trop beau pour être vrai !

 

AXEL, lui prenant le menton

Et pourtant, mon petit cœur adoré, tout cela est vrai et bien vrai. Pour nous, une autre vie commence.

 

À ce moment précis, un bruit provenant de l’armoire se fait entendre. Axel sursaute, Béatrice panique car elle avait totalement oublié Norma.

 

 

AXEL,

Qui sursaute et essaie de se libérer de sa femme

Qu’est-ce que c’est ?

 

BÉATRICE,

confuse embarrassée, s’accroche plus étroitement à lui

Rien, mon chéri !

 

AXEL, perplexe

Mais, j’ai entendu du bruit provenant de cette armoire.

 

BÉATRICE, qui tente d’être persuasive

Ah, non ! Ah, non ! C’est sûrement chez le voisin.

 

Le bruit se répète. Quelqu’un cogne.

 

AXEL,

essayant d’écarter Béatrice qui résiste toujours en faisant de son corps un rempart.

Il y a quelqu’un, je te dis. Je ne suis quand même pas sourd !

 

BÉATRICE,  imperturbable

Mon chéri, je suis si bien dans tes bras. Serres-moi plus fort.

 

Le bruit persiste.

 

AXEL, de plus en plus intrigué

Mais, c’est fou ! Il semble que ce bruit ne t’inquiète nullement. Ceci n’est pas NORMAL ! Écartes-toi que je vois ça de plus près.

 

BÉATRICE, paniquée à outrance

Mon chéri, je te dis que… (hésitation)que plus rien ne pourra nous séparer…

 

AXEL, totalement angoissé

Oui, je sais, mais pousse-toi, voyons. Il y a un intrus ici dans ma chambre à coucher, et je dois en avoir le cœur net.

 

Il la repousse et se précipite vers l’armoire qu’il ouvre à toute volée. Sort un NORMA totalement chiffonné et à bout de souffle.

 

NORMA, visiblement soulagé

Oh ! Axel, merci, merci, tu m’as sauvé la vie. Une minute de plus et je mourrais asphyxié.

 

AXEL, totalement abasourdi

Quoi, Norma ? Mais qu’est-ce que vous faites caché dans l’armoire de ma chambre à coucher ! Ne me dites pas… Ne me dites pas… (Il avale péniblement sa salive. Son regard va de Norma à Béatrice) que ma femme et vous… que ma femme et vous… êtes amants ?

 

BÉATRICE, qui se précipite

Mon chéri, laisse-moi t’expliquer…

 

AXEL, assommé, mortifié

Tout est pourtant on ne peut plus clair !

 

NORMA, confus

Vraiment, Axel, ce n’est pas ce que vous croyez malgré une évidence plutôt trompeuse ou je voudrais dire une fausse évidence. Non, non, non… disons qu’il n’y a pas du tout d’évidence… car ce n’en est pas une… Il faudrait appeler cela une méprise… un triste concours de … de… circonstance…

 

AXEL,

pris de vertige obligé de s’asseoir

Taisez-vous, espèce de salaud, votre trouble et votre désarroi vous accusent !

 

NORMA,

outragé (le ton haut, l’air hautain, menton relevé)

Excusez-moi, mais je crois… et je le crois sincèrement que vous êtes entrain de m’offenser, de porter atteinte à ma …à ma… féminité.

 

AXEL, ton rageur

Ah ! Ne me jouez pas le coup de l’offenseur offensé. Vous m’énervez et j’ai une folle envie de vous étrangler. (Il allie le geste à la parole)

 

BÉATRICE, paniquée, s’interpose

Arrête Axel, ne lui fais pas de mal, il n’est pour rien dans cette affaire ! La seule coupable dans tout ça, c’est moi.

 

AXEL, qui hausse le ton

La seule coupable ? Tu as dit la seule coupable ? Non, mais… pour qui me prenez-vous ? Un homme occupe ma chambre à coucher et il n’est coupable de rien. Je suis un cocu dans ma propre chambre.

 

NORMA,

qui a subitement très chaud, tire un éventail de sa poche et s’évente

Jamais je n’aurais cru être dans cette situation de toute ma vie. Je me demande ce qu’auraient dit mes petits copains s’ils me voyaient.

 

AXEL

Je m’en fous de vos petits copains. À cause de vous ma vie vient de s’effondrer. Ma femme a trahi ma confiance. Elle vient de perdre toute mon estime.

 

NORMA

AXEL, je vous répète que vous faites… erreur. Je… je… vous dois… la vérité.

 

BÉATRICE, retenant Norma par le bras afin de l’empêcher d’aller plus loin

Je ne comprends pas Axel, hier encore tu disais qu’une tromperie n’est qu’une simple coucherie et aujourd’hui tu parles de perte d’estime, de vie qui s’effondre. Deux discours pour une même faute ! Tu ne trouves pas que c’est un peu fort !

 

AXEL

Écoute-moi, je suis un homme, ce n’est pas la même chose…

 

BÉATRICE

Eh oui ! Encore une fois l’homme à tous les droits et les femmes aucun ! Sache, mon cher, que la douleur, la déception, le dégoût n’ont pas de préjugés de race, de couleur ou de sexe. Et la souffrance et le talent non plus.

Quand on a mal, on a mal ! Nous sommes des êtres humains faits de chair et de sang. Et le clou dans tout ça c’est que nous avons un cœur, un cœur qui bat au rythme de nos émotions.

 

AXEL,

qui porte la main à sa poitrine

Ah ! Tu ne croirais pas si bien dire. Le mien me fait horriblement mal. Je suis pratiquement au bord de la crise cardiaque.

 

BÉATRICE,

mimant la voix de son époux

Allons, voyons, mon chéri, il ne faut tout de même pas exagérer. Les hommes sont quand même bien plus solides que ça. Ce n’est rien ! Et puis tous les maris sont cocus. Je ne vois pas pourquoi tu échapperais à la règle…

 

AXEL, accablé

Béatrice, je t’en supplie, oublie toutes ses bêtises que j’ai pu accoucher jusque-là. Aie, au moins pitié de moi !

 

NORMA, attendri

Oh ! Le pauvre homme, je pense qu’il ne faut pas le faire souffrir plus longtemps. Si vous le voulez, Axel, je me propose… pour soigner vos blessures…

 

AXEL, furieux

Mais, bon sang, pour qui vous prenez-vous ? Vous me volez ma femme et en même temps vous voulez me consoler. Vous êtes fou ! Totalement cinglé ! Au moins Béatrice, je t’en conjure, si tu veux me tromper fais-le au moins avec un homme, un vrai. C’est encore plus humiliant que ce soit  cette espèce, cette espèce de…

 

NORMA, qui serre les poings

De quoi ? …

 

AXEL, qui fait la grimace

De… de demi-portion… qui ne peut t’apporter aucune satisfaction sexuelle.

 

BÉATRICE, le ton rêveur

Ah ! Le sexe n’est pas tout dans la vie. Une femme a besoin aussi d’amour, de beaucoup d’amour, de tendresse, d’affection, de compréhension, d’une oreille attentive, d’une présence, d’un peu de chaleur humaine… d’un peu de …

 

AXEL, furibond

Et tu trouves tout ça chez cet énergumène… cet… cet…

 

NORMA, vexé s’emporte

Je n’accepterai pas vos humiliations plus longtemps. D’ailleurs, les femmes ont raison, les hommes sont des mufles qui ne connaissent absolument rien des vrais valeurs de la vie. Ils sont bien égoïstes. Tenez, vous, vous refusez de vous occuper de votre épouse et vous êtes catastrophé de voir qu’un autre pourrait le faire à votre place. De plus, vous souffrez d’un machisme primaire ! Vous vous croyez tout permis. Moi, à la place de Béatrice, je vous aurais vraiment trompé afin de vous donnez une magistrale leçon d’humilité.

 

AXEL, se sentant revivre

Quoi ? Vous avez dit « vraiment trompé » cela veut-il dire que tout cela n’était… n’est qu’une comédie.

 

NORMA,

confus, gêné, jette un regard à Béatrice

Bon, c’est à dire…

 

AXEL, plein d’espoir

Béatrice, ma chérie, dis-moi que tout ceci n’est qu’un cauchemar duquel je vais me réveiller tout de suite.

 

Béatrice garde un profond mutisme

 

NORMA

Vous avez de la chance d’avoir épousé une femme de la trempe de Béatrice, vraiment vous ne la méritez pas !

 

AXEL,

Heureux, soulagé, prenant sa femme dans ses bras. Il exulte

Oh ! Mon amour je suis si heureux. Je t’assure qu’à un moment, j’ai cru mourir. Si tu tenais à me donner une leçon je ne saurais te dire combien je l’ai bien apprise. En quelques minutes, j’ai bien senti la terre trembler sous mes pieds et le ciel me tomber sur la tête. Ah ! Mon Dieu, comme je suis heureux. Oh ! Norma, je suis si content que je vous aurais volontiers serré dans mes bras vous aussi…

 

NORMA, relevant fièrement le nez

Que Dieu m’en préserve ! Dire qu’en acceptant de passer pour l’amant de votre femme je pensais un peu à vous. Sincèrement, vous me plaisiez mon cher ami, mais le machisme qui vous accable fait de vous un être franchement antipathique. Vous êtes un genre d’homme que je préfère laisser aux femmes. Elles seules ont l’art de se débrouiller avec de si encombrantes marchandises. Je vous assure que parfois en regardant agir certains hommes je regrette vraiment de ne pas être hétéro. À mon avis, les femmes sont un tant soit peu plus… vivables.

 

AXEL, s’énervant brusquement

Écoutez, cher ami, vous ferez ce que bon vous semble, en attendant filez avant que je m’énerve pour de bon. Car, maintenant, tout ce que je veux c’est d’être seul avec ma femme pour lui prouver « à ma manière’ » tout l’amour que je lui porte. (Haussant le ton) Et pour cela je n’ai besoin ni de vos conseils ni de votre présence.

 

NORMA, apeuré

Très bien, très bien, pas la peine de s’énerver, je m’en vais ! Je n’ai vraiment aucune intention de m’attarder vous êtes vraiment peu commode. Je plains cette pauvre Béatrice…

 

AXEL, grondant, grognant

Allez, ouste ! Je ne veux plus vous voir ici !

 

NORMA

C’est ça, c’est ça, je débarrasse le plancher. Mais, avant, permettez-moi de saluer votre gentille femme. Elle, au moins, sait s’y prendre avec les hommes.

 

Il prend les mains de Béatrice entre les siennes les retient un instant en regardant celle-ci droit dans les yeux puis lui fait un baise-main.

 

NORMA

Au revoir, princesse, faites de beaux rêves.

 

BÉATRICE

Ô, Norma, que de gentillesses, merci pour tout !

 

NORMA

C’est rien, je n’ai fait que vous aider à reconquérir votre prince « pas du tout charmant » (il se reprend tout de suite) Excusez-moi… votre charmant prince.

 

AXEL,

enlevant les mains de sa femme de celles de Norma avec agacement

Dites donc vous deux, vous êtes sûr que tout à l’heure c’était une comédie ? Vous avez vraiment l’air de bien vous entendre… Vous ne vous êtes pas foutu de ma gueule par hasard ?

 

NORMA,

prenant la porte apeuré par le regard menaçant de Axel

Eh bien non, cher ami, et c’est dommage vous l’auriez bien mérité… Vive le célibat, vive la solitude.

 

Il s’enfuit. Axel tente de l’attraper mais Béatrice éclatant de rire, s’interpose en le serrant dans ses bras et en criant :

 

BÉATRICE

Vive la vie, vive l’amour, vive le couple ! Vive la solitude… à deux !

RIDEAU

FIN

 

22 février 2004

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

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