| Les Infidèles (Théâtre) - |
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Épisodes I, 2, 3, 4, 5, 6,7, 8, 9, 10, 11 et Fin
Les infidèles (Théâtre) ou (Infidélités etc.) ce texte a été publié en premier lieu sur : www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/papillon.html Personnages BÉATRICE (32 ans) épouse de AXEL
AXEL (37 ans ) époux de BÉATRICE LUCY ( 52 ans ) mère de BÉATRICE HORTENSE (78 ans ) mère de Lucy FRANCIS (37 ans) ami de Axel
DANTÈS ( 60 ans ) père de Axel
Genre : Comédie Décor unique : Une jolie chambre à coucher abritant un coquet petit salon. (le salon et la chambre à coucher sont séparés par un court paravent assez discret) Résumé
Une femme découvre, un beau jour, au-dessus de l’armoire de sa chambre à coucher les preuves de l’infidélité de son mari. Des photos compromettantes qui vont lui fournir le prétexte qu’il fallait pour se remettre en question elle-même et aussi son couple. Dans des dialogues enlevés, crus et osés, l’éternelle question de la différence existant entre les hommes et les femmes sera soulevée par un mari volage et trois générations de femmes ayant subi, à des degrés divers, le machisme le plus primaire, les trahisons les plus abjectes et toutes sortes d’humiliations sans pour autant baisser les bras. Dans un échange de propos cinglants chacun exprimera son mal-être existentiel.
Acte I
Béatrice, visiblement nerveuse, fait les cent pas dans sa chambre. Elle porte une chemise de nuit et une robe de chambre. Elle serre contre elle une grande enveloppe blanche. Elle semble parfois vouloir s'en débarrasser mais se ravise toujours. Brusquement, une porte claque. Elle dissimule l'enveloppe dans le tiroir de sa coiffeuse et fait semblant de se brosser les cheveux. Une horloge sonne douze coups. La porte de la chambre s'ouvre avec hésitation et entre, Axel, le mari volage.
Béatrice, AXEL, un brin surpris Bonsoir, chérie ! Comment, tu ne dors pas ? BÉATRICE, ironique
Je dors mon amour, comment pourrait-il en être autrement à minuit près. Je ronfle même, n’est-ce pas évident ? AXELAh ! je vois, madame est d’humeur à faire de l’esprit alors qu’elle aurait du être endormie. Y a t-il quelque chose qui ne va pas ? BÉATRICENon, tout va très bien et je suis même heureuse de te voir rentrer plus tôt que d’habitude. AXELAllons, allons, chérie, tu ne vas pas encore revenir sur cette affaire d’heure. Tu sais bien que ces parties de cartes entre copains sont pratiquement sacrées. BÉATRICEParlons-en de tes parties de cartes. J’ai appelé chez Reynolds il m’a dit ne pas t’avoir vu de toute la soirée. AXELAh, le salaud ! le fait d’être secrètement amoureux de toi le pousse à mentir de manière grossière. BÉATRICE, ironique
Il ment ? Il ment ? Pourtant je suis passée chez lui un peu plus tard tu n’y étais toujours pas. AXEL, offusqué
Comment, tu as osé te risquer au dehors par les temps qui courent ! Mais, tu es folle ! En pleine insécurité galopante, madame se promène dans la cité toute seule. BÉATRICE, surprise
Il semble que nous n’habitons pas la même ville. Toi, tu es bien rentré à minuit sans qu’aucun mal ne te soit fait ! AXELCe n’est pas la même chose ! Moi, je suis un homme et toi une pauvre femme sans défense. BÉATRICEJe te rappelle cher ami qu’une pauvre femme sans défense l’est aussi chez elle « par les temps qui courent » comme tu dis. Les zenglendos n’ont pas élu domicile seulement dans la rue que je sache. Tu aurais dû être chez toi afin de nous protéger les enfants et moi ! AXELBien dit ! Voilà pourquoi je suis rentré… BÉATRICEUn peu tard à mon avis. Nous aurions pu être assassinés une bonne douzaine de fois tous les quatre. AXELVoyons, il ne faut pas exagérer. Au contraire, ne connaissant pas mes horaires, un voleur ne prendrait pas la chance de rentrer chez moi de peur d’être surpris par le maître de céans. BÉATRICE, révoltée
Assez ! Ton impudence m’écœure. Quand on rentre à des heures indues on commence par s’excuser ! AXEL, étonné
S’excuser de quoi ma pauvre amie, réjouis-toi au moins je fais partie de la catégorie des maris qui rentrent encore chez eux. Car il y en a qui découchent régulièrement chaque soir. Mwen, se nan do’w mwen dòmi. BÉATRICETu insinues alors, que je devais être heureuse d’être une femme cocufiée seulement jusqu'à minuit. AXELAh ! Béatrice, quand vas-tu te défaire de cette mauvaise habitude de tout dramatiser. BÉATRICE, excédée
Ah ! Bon, maintenant c’est moi qui dramatise. Je m’inquiète, je passe des heures noires à tourner en rond dans ma chambre en me demandant si tu n’es pas tombé raide mort sous des balles assassines, je guette le moindre bruit de moteur, le moindre jeux de phares et c’est moi qui dramatise. AXELMais bien sûr, ma chérie tu amplifies tout. Et puis d’ailleurs, je suis là, mon amour, je suis rentré ! tu aurais dû être si heureuse de me voir que le seul geste à faire serait de te jeter à mon cou et de m’embrasser goulûment pour remercier le ciel que je sois bien vivant. BÉATRICE, révoltée
Axel, il y a des jours ou je t’aurais quitté avec plaisir. Ton manque de respect à mon endroit m’est chaque jour de plus en plus insupportable. AXEL, ( défaisant sa cravate et s’apprêtant à aller au lit ) Manque de respect ? Manque de respect ? Mais, qu’ai-je fait grands dieux ! Tu ne vas tout de même pas te mettre dans tous tes états à cause de quelques minutes de retard. Je suis très fatigué et j’ai grandement besoin d’une bonne nuit de sommeil. J’ai un boulot fou qui m’attend demain au bureau. Il faut bien que je récupère. BÉATRICEEt… on peut savoir ce qui t’a rendu si fatigué. Notes bien que tu ne m’as toujours pas dit où tu as passé ta soirée. AXELOh la, la ! Que les femmes sont suspicieuses ! Si tu veux tout savoir… BÉATRICE, l’interrompantOui, je veux tout savoir. AXELEh Bien… euh… j’étais chez mes parents, voilà ! D’ailleurs, ils me demandaient de tes nouvelles. BÉATRICE, Menteur ! AXELJe t’assure… BÉATRICEMenteur ! AXELPourquoi refuses-tu de me croire ? BÉATRICEParce qu’ils ont passé la soirée ici à t’attendre. Ton père voulait t’entretenir d’une affaire de terres que l’État a mises en vente du côté de Léogane. Il te savait intéressé et tenait à en discuter avec toi. AXELAh, merde ! quelle idée il a eu ? Il aurait pu me prévenir par téléphone. BÉATRICEPourquoi pas par courrier recommandé pendant qu’on y est. Et puis, c’est tout ce que tu trouves à dire après ton mensonge gros comme la terre ! (silence) Moi, je sais où tu étais ! AXEL, ébranlé
Tu ne vas tout de même pas m’annoncer que tu as commis la bassesse de me prendre en filature dans la rue. BÉATRICEAh ! Cela aurait été de la bassesse ? AXELEt comment, ce serait même indigne de toi. Te rabaisser à tant de mesquinerie serait totalement inadmissible de la part d’une femme que je tenais en haute estime ; au point de lui offrir mon nom, ma vie et de faire d’elle la mère de mes enfants. BÉATRICE, éclatant d’un rire forcéMes compliments, Axel ! Je vois que tu n’es jamais à cours d’arguments quand il s’agit de te défendre. ( Changement brusque de ton. Elle devient furieuse ). Mwen wè ouap pase’m nan betiz ! Et là, tu vas me faire sortir de mes gongs. AXELVoyons, chérie, ce n’est pas la peine de hausser le ton de la sorte, tu vas réveiller les enfants. BÉATRICEAh! Oui ! Mais arrête de te foutre de ma gueule. Sispann fè wont sèvi kolè ! Je sais très bien que tu me trompes. AXEL, surprisErreur, ce n’est pas vrai ! BÉATRICEC’est vrai et pour te clouer le bec une fois pour toutes… ( Elle se précipite vers la coiffeuse ouvre le tiroir en sort le corps du délit et le brandit sous l’œil ahuri de Axel ). Voilà la preuve que tu voulais ! ( et elle lui exhibe des photos compromettantes à souhait ) Monsieur, en plein ébat avec une dame. AXEL, horrifié, paniqué Seigneur ! Où as-tu trouvé ça ? BÉATRICE Te voilà surpris. Ne me dis pas que tu vas jouer encore la carte de l’innocence. AXEL Je ne vais pas jouer aux innocents ! Je suis innocent !… BÉATRICE Ah bon ! avec des preuves aussi irréfutables, tu trouves encore le moyen de jouer la carte de la banalisation. Eh bien, dis donc, tu es le nouveau champion en « dé-dra-ma-ti-sa-tion ». AXEL, embarrassé Ce n’est pas tout ce qu’on voit qui est vrai. Il ne faut surtout pas porter un jugement trop hâtif face à certaines choses… disons… BÉATRICE, énervée Axel ! Arrêtes tout de suite ton baratin, car je sens la colère gronder en moi. Sur la photo tu es en train de coucher avec une autre femme que moi. AXEL En es-tu vraiment sûr ? Sur le cliché je ne suis que debout face à une femme nue. Et puis … merde, quand vas-tu arrêter de fouiner ainsi dans mes affaires. Ton indiscrétion m’écœure. BÉATRICE Quoi ! Tu oses dire ça. Je retrouve des photos compromettantes là, dans ma chambre, juste au-dessus de mon armoire et tout ça c’est de ma faute. Mon indiscrétion t’écœure, mon indiscrétion t’écœure ? La belle affaire ! Tu es vraiment le pire mufle que j’aie jamais connu. (hésitation) Euh… monsieur m’aurait-il trouvée indiscrète si je l’avais surpris en train de faire l’amour à une autre… dans le lit conjugal. AXEL Là, cela aurait été une autre affaire ! Mais, vois-tu, ce n’est pas le cas, Sois heureuse que j’aie énormément de respect pour les choses sacrées. Et ces photos… ces photos… qui te dit qu’elles n’ont pas été placées ici, exprès, par quelqu’un qui veut briser, détruire notre couple. BÉATRICE Ce quelqu’un m’a tout l’air d’être… toi. AXEL, faussement désolé Mais, quelle idée ma chère ! Comment aurais-je pu vouloir détruire quelque chose qui me tient tant à cœur ! BÉATRICE, très en colère Permets-moi d’en douter. Il n’y a qu’une seule chose qui te tienne à cœur : ta petite personne. Mettre des photos aussi compromettantes dans la chambre conjugale est tout bonnement de la provocation. Et ça, tu vas me le payer ! Je ne supporterai pas de rester dans cette maison une minute de plus. Béa se précipite pour attraper une valise au-dessus de l’armoire. Axel paniqué, accourt et tente de l’en empêcher. AXEL, audacieux Alors, tu vois un homme de dos, dans une photo et tu en déduis que c’est moi et pour ça tu es prête à tout foutre en l’air ! BÉATRICE Quel culot ! Alors tu me crois incapable de te reconnaître de dos ? AXEL Ce dos est celui d’un homme et ça peut être n[importe lequel. Qui te dis que ce n’est pas une de ces photos que l’on trouve sur Internet ? Et puis, un dos d’homme quoi de plus banal ? Mais, enfin ! BÉATRICE En tout cas, je reconnais ta montre ! AXEL, surpris Ma montre ? BÉATRICE Bien sûr, ta montre ! D’ailleurs, je ne saurais me tromper car c’est moi qui te l’ai offerte ! AXEL, (rire forcé) Ne me fais pas rire, Béa, cette montre doit être fabriquée à plus de cent mille exemplaires. Je ne vois pas pourquoi ce serait justement la mienne sur la photo ? BÉATRICE, au comble de la rage Ah bon ! Si je comprends bien, ton dos n’est pas ton dos, ton cul n’est pas ton cul et ta montre n’est pas ta montre. Mais… je vais finir par t’étrangler. On n’a pas idée d’accoucher pareilles inepties ! AXEL, (ton convainquant) Puisque je te le dis, mon amour, il n’y a rien de plus courant et de plus banal qu’un dos, une paire de fesses dans un slip et une montre ! Tes arguments, avoues-le, mon trésor, ne tiennent vraiment pas debout ! BÉATRICE, furieuse C’est bientôt toi qui ne tiendra plus debout si tu continues à m’agacer ! Encore un peu, j’aurais vu tes « bijoux de famille » et tu aurais trouvé le moyen de me dire que se sont ceux de ton grand-père ! AXEL, ton mielleux dans un rire de gorge Là encore, mon adorée, je pourrais te dire que mes « bijoux de famille » ne sont pas des modèles uniques. Il y en a bien des milliards sur cette terre ! BÉATRICE, furibonde En tout cas, je peux te dire qu’une dame incapable de reconnaître ses bijoux, au sens propre comme au figuré, est une femme morte ! Bon, assez parler, je m’en vais ! AXEL, désespéré Ma chérie, réfléchis bien avant de prendre une décision. Tu es en train de faire une grave erreur. Peut-être que tu es en train d’exaucer le vœu de cette dame. BÉATRICE, l’air étonné Quelle dame ? mais quelle dame ? AXEL Celle sur la photo, voyons ! BÉATRICE, confuse Comment ? Je ne comprends pas ! AXEL Pourtant, c’est pas sorcier, cette femme aimerait que je te quitte afin que je puisse l’épouser. En partant, tu lui feras énormément plaisir. BÉATRICE Tu te fous de ma gueule, Axel ! Franchement on aura tout vu. Adieu ! Et je te souhaite bonne chance avec ta petite « salopette » Elle désire être à ma place ? eh bien… je la lui cède. Moi, j’en ai assez d’être cocue. ( Elle tire la valise, la pose sur son lit, ouvre son armoire et commence à en tirer ses vêtements.) AXEL, suppliant, lui prenant les deux mains Ma chérie, écoute-moi, je te dis que tu fais une grave erreur. Quelle idée de tout briser pour une fille de rien ! BÉATRICE, surprise Ah ! Ce n’est que maintenant que tu te rends compte que c’est une fille de rien. Jusque-là, elle avait bien plus d’importance que moi. Et puis, vlan ! Ce soir, c’est une fille de rien ! Quelle soudaine découverte ! AXEL, sur un ton mielleux Mais, je l’ai toujours su. D’ailleurs, toutes les femmes sont des filles de rien, exception faite de toi. C’est pourquoi je t’ai épousée. BÉATRICE Vraiment ? Tu es si heureux d’être mon époux que tu ne m’invites plus à sortir. Je suis réduite au rôle de maîtresse de maison, de bonnes d’enfants et de chauffeur. Quand je reviens du bureau je ne te trouve jamais à la maison. Tu pars tôt, tu rentres tard et tu appelles ça un mariage ? AXEL Mais, ma chérie, voyons, si je ne sors plus avec toi c’est pour te protéger. Les rues sont peu sûres. Les voleurs, les violeurs rôdent. Port-au-Prince et Pétion-Ville sont devenues des … des… foutoirs. Alors, une femme digne de ce nom reste chez elle et un homme, un vrai, met sa petite famille à l’abri. BÉATRICE, pas du tout dupe Les assassins ont-ils passé un communiqué sur les ondes pour prévenir la population qu’ils n'agresseraient que les femmes et les enfants… D’ABORD ! Encore une fois, les voleurs et les violeurs ont-ils avertis qu’ils ne s’attaqueraient qu’aux épouses ? Je m’imagine mal que ce qui serait pour moi un danger mortel, le serait moins pour une célibataire voleuse de maris. (Grincement de dents) arrête de te moquer de moi, Axel, j’en ai marre ! Au revoir m-o-n-s-i-e-u-r ! (ton péremptoire) Béatrice referme avec hâte ses valises pleines. AXEL, dépassé par les événements tente un autre jeu. Tiens ! je te croyais beaucoup plus courageuse que ça ! BÉATRICE Hum ! il faut bien du courage pour tourner le dos à toute une vie… AXEL Excuse-moi, mais je ne suis pas du tout de ton avis. BÉATRICE Je me fous de ton avis, Axel. J’ai mal, je m’en vais. Tes balivernes, je n’en ai que faire. AXEL (ton grandiloquent) Moi, je parlais de courage, de la volonté dont une femme peut faire montre pour sauver son mariage. BÉATRICE, rire forcé Ah ! ah ! ah ! ah ! Parlons-en de sauvetage quand toi tu t’acharnes à le noyer, ce mariage. AXEL Tu te trompes, ma chérie. Jamais je n’ai cherché à détruire « Ce que Dieu a uni ! » BÉATRICE, totalement irritée Ah bon ! tu fais tout pour me pousser à bout et … AXEL Tut tut tut tut tut … tu t’égares, chère amie, tu t’égares. Au contraire, avoir une maîtresse, c’est prêter longue vie à son mariage. BÉATRICE En tout cas, tu es bien en train d’avouer ta trahison. Et aussi, quand une proposition est vraie son contraire l’est tout autant ! AXEL Trahison, trahison, quel grand mot pour une petite affaire de rien. Tu devrais être heureuse que j’aille voir ailleurs. Cela me permet d’être « cool » quand je rentre. Car, en sortant du bureau avec tous les problèmes que je dois y gérer, je suis d’une humeur massacrante. La dame en question fait les frais de ma mauvaise humeur et toi tu hérites d’un homme apaisé prêt à te donner toute la tendresse du monde et puis… BÉATRICE, hurlant Tais-toi, Axel, tu me mets les nerfs en boule. On n’a pas idée de déballer pareilles stupidités. Tes arguments, réserve-les pour le jour du procès. AXEL, stupéfait, bégayant. Le jour du procès ? Mais quel jour du procès ? De quel procès parles-tu ? BÉATRICE, légèrement confuse Que dis-je, le jour de notre divorce, si tu veux. AXEL Encore de grands mots. Notre divorce ? Tu veux rire. Jamais je ne divorcerai. Il n’y a aucune raison d’ailleurs. Le mariage est une affaire sérieuse… BÉATRICE … Ah! enfin tu l’as compris… AXEL … Qui demande des concessions de part et d’autre ! BÉATRICE Concessions de part et d’autre, parlons-en. Je suis toujours la seule à faire des concessions… AXEL, sur un ton saccadé … C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de faire, dès aujourd’hui, moi aussi des concessions. BÉATRICE, incrédule Ah ! Il faudrait voir ! AXEL, doucereux Ma chérie, je te demande gentiment, amoureusement (le ton change et devient progressivement autoritaire) de remettre ces valises à leur place et de reprendre ton rôle d’épouse digne et aimante. BÉATRICE, rageuse Eh bien ! non, tu m’as déjà joué cette scène. Je ne me laisserai pas prendre à ton jeu une nouvelle fois. Je suis loin d’être une imbécile. AXEL Moi non plus, je ne suis pas un imbécile, figure-toi. Et je t’assure que ton entêtement à vouloir me quitter me laisse à penser que ton geste est peut-être prémédité… BÉATRICE, surprise Quoi ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne comprends pas ? AXEL, hautain Tu as bien compris… BÉATRICE, méfiante Compris quoi ? Qu’y a-t-il à comprendre dans ton charabia ? Que veux-tu insinuer ? AXEL Je n’insinue rien, je suis pratiquement affirmatif. BÉATRICE Tu affirmes quoi ? Mais, parles ! Pour une fois, exprime clairement ta pensée. AXEL Tout est pourtant clair ! BÉATRICE, qui hausse le ton Non, mon cher pas assez. J’aimerais que tu traduises ta « pensée » à haute et intelligible voix. AXEL Bon ! Puisque tu insistes tant ! Voilà, TU AS UN AMANT (il détache chaque syllabe). De stupeur, les yeux de Béatrice s’agrandissent et elle porte la main à sa bouche. A suivre... Épisode 2 Épisode 2 BÉATRICE, horrifiée AXEL BÉATRICE, ahurie AXEL, hautain BÉATRICE, éclatant d'un rire nerveux AXEL BÉATRICE, s'arrêtant brusquement de rire. AXEL, imperturbable BÉATRICE, offusquée AXEL BÉATRICE, rigolant AXEL BÉATRICE AXEL BÉATRICE AXEL BÉATRICE, ironique AXEL BÉATRICE, vexée AXEL, impertubable BÉATRICE AXEL BÉATRICE (sa mallette en main) AXEL, paniqué BÉATRICE AXEL BÉATRICE AXEL BÉATRICE, moqueuse AXEL (lui prenant les mains et la suppliant) BÉATRICE, rageuse AXEL BÉATRICE, surprise AXEL BÉATRICE, sceptique AXEL, hésitant BÉATRICE AXEL BÉATRICE AXEL (sourd à sa remarque) BÉATRICE, sarcastique Béatrice attrape sa valise (à noter qu'elle est toujours en chemise de nuit) et ouvre la porte d'entrée, quand on entend plusieurs rafales d'armes automatiques. Béatrice prend peur et referme la porte avec précipitation AXEL, victorieux BÉATRICE AXEL BÉATRICE, s'étonnant AXEL, tout en se déshabillant BÉATRICE, dubitative AXEL, se déshabillant (il est en boxer et chemisette) prenant place dans le lit BÉATRICE, offusquée AXEL, éteignant la lampe de chevet La salle est plongée dans le noir. Le couple garde ses distances de chaque coté du lit. Puis on entend le ronflement d'Axel. Béatrice se tourne et se retourne dans son coté du lit incapable de trouver le sommeil. (Temps mort) Puis, Axel se retourne et se colle à sa femme. Il l'embrasse et tente de l'enlacer en débitant des mots d'amour passionnés. BÉATRICE, révoltée AXEL BÉATRICE AXEL BÉATRICE AXEL BÉATRICE AXEL BÉATRICE, hystérique AXEL, enfiévré BÉATRICE, ulcérée AXEL BÉATRICE, Béatrice se saisit de son oreiller et l'écrase sur la tête de son mari. Celui-ci riposte de la même manière. Ça dégénère en bataille d'oreillers. Et ils se poursuivent à travers la pièce. AXEL, vaincu, revenant dans son lit en poussant un long soupir Rideau Acte II
Scène 1
(même décor) Béatrice est seule, habillée d'un coquet tailleur. Elle téléphone (son de touches digitales puis, sonnerie). Quelqu'un répond à l'autre bout du fil. BÉATRICE LUCY, heureuse sur un ton enjoué BÉATRICE, LUCY, surprise et brusquement affolée BÉATRICE LUCY, inquiète BÉATRICE LUCY BÉATRICE LUCY BÉATRICE LUCY Béatrice raccroche et fait nerveusement les cent pas dans la pièce. Elle bouillonne d'impatience. Claquement de la porte d'entrée, des pas précipites dans le vestibule. Entre Lucy qui a l'air d'une vraie furie, jupe de travers et cheveux en bataille. BÉATRICE, éberluée l'embrasse et s'écrie : LUCY, vexée et abasourdie BÉATRICE, confuse LUCY BÉATRICE, réprobatrice LUCY BÉATRICE LUCY, ahurie BÉATRICE LUCY BÉATRICE Lucy disparaît au pas de course et réapparaît au moment ou la grand-mère franchit le seuil de la porte d'entrée.Celle-ci est bien mise, une mise en plis impeccable et vêtue d'un élégant tailleur. HORTENSE BÉATRICE, l'embrassant HORTENSE BÉATRICE, allant lui prendre le bras et la dirigeant vers le divan LUCY, excédée BÉATRICE, conciliante LUCY, au bord de la crise de nerfs HORTENSE BÉATRICE, résignée LUCY BÉATRICE HORTENSE, excédée, levant les bras au ciel BÉATRICE (silence) Hortense et Lucy, les yeux écarquillés, échangent un regard plein de surprise puis éclatent d'un grand rire. Elles se tordent pendant de longues minutes. Elles se marrent avec une joie indicible sous les yeux de Béa médusée. LUCY, reprenant enfin son souffle HORTENSE, riant toujours BÉATRICE, confuse, offusquée Hortense et Lucy se regardent à nouveaux en pouffant de rire. HORTENSE, tentant de retrouver son calme LUCY, riant de plus belle BÉATRICE, béate HORTENSE, ironique LUCY, riant en renchérissant BÉATRICE, au bord des larmes LUCY, se précipitant et entourant de son bras les épaules de sa fille HORTENSE, péremptoirement LUCY, étonnée HORTENSE, qui tire un éventail de son sac a main et s'évente LUCY, vexée HORTENSE, repentante BÉATRICE, pleurnicharde HORTENSE, levant les bras au ciel LUCY, horrifiée puis grondeuse HORTENSE LUCY HORTENSE, relevant fièrement le menton BÉATRICE, consternée LUCY, catastrophée BÉATRICE, tombant des nues HORTENSE A suivre... Épisode 3 Épisode 3 BÉATRICE HORTENSE LUCY, horrifiée, réprobatrice HORTENSE BÉATRICE, terrassée LUCY HORTENSE LUCY, la rappelant à l'ordre BÉATRICE, interrompant sa mère HORTENSE BÉATRICE, électrisée, applaudit HORTENSE, embrassant Béa BÉATRICE, revenant sur terre puis hésitante HORTENSE, pompeusement LUCY HORTENSE BÉATRICE, surprise HORTENSE, en rigolant BÉATRICE, suspicieuse HORTENSE, mystérieuse, l'air réjoui BÉATRICE, catastrophée LUCY BÉATRICE, horrifiée HORTENSE LUCY HORTENSE BÉATRICE HORTENSE, excédée LUCY BÉATRICE, désorientée HORTENSE, harassée BÉATRICE LUCY, réprobatrice Béatrice tout agitée se tord les mains en faisant les cent pas dans la pièce. HORTENSE, songeuse BÉATRICE HORTENSE, l'air enchanté, sourire aux lèvres LUCY, riant HORTENSE, encore plus espiègle BÉATRICE, surprise HORTENSE BÉATRICE, catastrophée LUCY, riant toujours HORTENSE LUCY HORTENSE BÉATRICE, affolée. HORTENSE BÉATRICE, confuse HORTENSE, horrifiée. BÉATRICE, affolée HORTENSE, se tournant vers sa fille BÉATRICE HORTENSE LUCY HORTENSE BÉATRICE, penaude
A suivre… Épisode 4 Épisode 4HORTENSEMais ma chérie, les débiles mentaux ça courent les rues. Tu n’auras qu’a en choisir un autre. Et puis qu’est-ce que tu en sais des sentiments. Moi, à près de soixante ans de mariage, je pourrais t’en dire long. Tu l’aimes, tu l’aimes, c’est vite dit. Tiens, l’autre jour à l’église, une jeune fille m’a abordée pour me dire combien elle trouvait le couple que nous formions Aurélien et moi, formidable, car très amoureux. Je lui demandai à quoi elle avait deviné un tel sentiment. Elle me répondit qu’elle nous sentait épris l’un de l’autre à la manière dont nous nous tenions les mains avec ferveur pendant toute la durée de la messe. Alors là, j’ai éclaté de rire et lui fit remarquer que j’étais obligée de tenir fermement les mains de mon mari seulement pour l’empêcher de se craquer les doigts ! Geste qui m’agace suprêmement. BÉATRICE, consternée
Tu n’as qu’en même pas dit ça à la barbe de grand-père ? HORTENSEPourquoi pas ! Eux, ils font bien pire en s’affichant avec leur maîtresse. Alors, qu’est-ce que tu crois, que l’on peut appeler, amour, un tel comportement ? Moi, je connais une dame à qui son mari faisait une déclaration d’amour chaque jour en lui offrant des fleurs. Eh bien ! Il prit pour maîtresse une voisine qui habitait à deux maisons de celle de la dite dame. La pauvre, son mari lui disait parfois être en voyage pour son entreprise, pourtant il se cachait à deux pas d’elle. Et horreur suprême (ton ironique), il a fait des enfants à cette femme. Que c’est beau l’amour ! C’est même merveilleux. (elle redevient sérieuse) Écoute, ma chérie, le bonheur est quelque chose de rare et de précieux, de tout à fait personnel et intime que l’on construit soi-même, par soi-même, pour soi-même, et avec soi-même. Alors, ne compte surtout pas sur un homme pour te rendre heureuse. Ils sont bien trop égoïstes pour cela ! Le bonheur doit venir de l’intérieur. Et puis, tu sais, passé le cap de la trentaine, l’être humain parvenu au stade de la machine à calculer, perd toute sa spontanéité. On se demande si l’on peut toujours parler d’amour. Tout est calcul, intérêt, compromis social et économique donc, laisse très peu de place aux sentiments. Apprendre à être heureuse en dehors de l’autre, voilà un exercice que devrait faire tout être humain. LUCY, applaudissantBravo maman, ton plaidoyer est fantastique. (Ralentissement graduel des applaudissements et changement de ton. Celui-ci n’est plus enjoué). Mais, je crains que tu n’aies prêché dans le désert. Regardes-moi le visage de notre pauvre petite chérie. Elle se sent perdue. Je crois bien, qu’au lieu de l’aider nous lui avons carrément sapé le moral. HORTENSEAlors, qu’elle nous dise elle-même ce qu’elle veut faire. Moi, j’ai épuisé toutes mes ressources. Béa, encore une fois, je te demande, quelle solution tu préconises puisque les miennes ne te plaisent pas. LUCY, soudain comme illuminée claquant les doigts dans les airs. J’ai une idée, j’ai une idée, et je vous assure que celle-ci est formidable. HORTENSE, circonspecteDis toujours, on verra bien si madame ne fera pas encore une fois la difficile. BÉATRICE, suspicieuse
J’espère que ce n’est pas une idée comme celles de grand-mère. LUCY, le visage rayonnant Ah ! Non, j’ai trouvé une solution à cet épineux problème. HORTENSE, impatiente
Lucy, ma chérie, comme tu peux être agaçante, accouche de ta solution et qu’on en finisse. Il y a tant de choses à faire à la maison et depuis quelques minutes j’ai l’impression de perdre mon temps ici. LUCYEh bien ! Voilà, si Béa est incapable de l’ébouillanter, de le quitter ou de le mutiler, elle aurait intérêt au moins à lui faire peur. BÉATRICE, grimaçante
Lui faire peur ? Je ne comprends pas… LUCYMais attends, ma chérie, laisse-moi au moins terminer. Puisque tu n’as pas d’amant, tu pourrais tout simplement faire semblant d’en avoir un. Et l’honneur serait sauf. HORTENSE, l’œil pétillantVoilà, voilà, voilà ! Lucy ma chérie, tu es géniale. À défaut d’en avoir un vrai, Béa peut demander à un ami de jouer le rôle d’un amant fou d’amour qui vient enlever ( le ton est importé – plein de trémolos dans la voix ) sa maîtresse afin de la soustraire à la méchanceté de son mari. Formidable, extraordinaire ! (se tournant vers sa petite-fille ) Béa, as-tu un ami qui pourrait t’aider ? BÉATRICE, effarée
Quoi ? Quoi ? Quoi ? Je ne vous suis pas vraiment toutes les deux. Un ami qui m’aiderait à faire quoi ? LUCY, légèrement excédéeUn ami qui accepterait de se faire passer pour ton amant, afin de rendre jaloux ton mari, voyons ! HORTENSE Exact ! Ça au moins, c’est pas bien méchant et c’est bourré de toutes sortes d’avantages. BÉATRICE, incréduleComme quoi, par exemple ? LUCYEh bien ! Ma chérie, tu n’es pas sans savoir que les maris les plus infidèles sont les plus jaloux. Alors, l’idée c’est de lui laisser croire que ta solitude est comblée par quelqu’un d’autre. BÉATRICEEt au final, quel sera le résultat ? LUCYLe résultat, le résultat… sera qu’il n’osera plus te laisser des heures entières seule à la maison. Il n’y a rien de mieux que de lui montrer que toi aussi, de ton côté, tu peux bien prendre tes aises en dehors de lui. Alors là, tu vas le voir rappliquer tout de suite. BÉATRICE, résignée
Bon, l’idée n’est pas mauvaise, mais quel ami pourrait me rendre ce service. Mes amis sont tous mariés d’ailleurs. Je ne peux tout de même pas compromettre leur mariage sous prétexte de rafistoler le mien. LUCYTiens, que dirais-tu d’appeler Bob, ton ami d’enfance ? HORTENSE, interférantBob, bob, tu n’y penses pas voyons avec la gueule de soûlard qu’il a, il ne serait pas bien crédible. LUCY, réfléchissant rapidement Voyons, voyons, qui d’autre, qui d’autre ? Mais dis-donc, Henriot pourrait faire l’affaire ! HORTENSE, catastrophée Henriot ? Tu n’y penses tout de même pas. Un type qui a tout l’air d’une base de la NASA, bardé de cellulaires, de radio communication et de bippers accrochés à sa taille sous prétexte de vouloir être joignable à tout moment dans la journée. Encore un peu, il aurait flanqué une antenne parabolique au milieu de son crâne. Il ne faut tout de même pas se couvrir de ridicule. BÉA, soudain comme illuminée Ah ! Mais tiens, je connais quelqu’un ! Mais oui, c’est la personne idéale. C’est Norma ! J’ai trouvé, j’ai trouvé ! Ô mon Dieu, c’est formidable ! LUCY et HORTENSE (en chœur) Quoi ? Norma ? Mais nous on ne veut pas de ta Norma ! Ce que nous cherchons c’est un homme ! Et, tout ce qui a de plus viril, pas une femme ! BÉATRICETout à fait, tout à fait et nous l’avons trouvé. Car, Norma est un homme et pas n’importe lequel. LUCY, impatiente après une brève hésitation
Alors, tu l’appelles tout de suite et en deux temps trois mouvements on va monter notre plan de bataille. BÉATRICEJ’y vais de ce pas ! Béa se précipite vers le téléphone et compose un numéro tandis que sa grand-mère et sa mère mettent un semblant d’ordre. Quelques secondes plus tard elle raccroche, satisfaite. BÉATRICE, heureuse
Et voilà, Norma, de son vrai nom Norbert, sera là dans quelques minutes, car il habite juste à côté. À peine Béa a-t-elle placé ces derniers mots que quelqu’un frappe à la porte.
A suivre...
Épisode 5
Scène II ( même décor ) BÉATRICEEntre Norma, fais comme chez toi, voyons ! Alors, entre un drôle de phénomène vêtu d’un short assez court à fleurs multicolores et d’une chemisette blanche tenant dans sa main droite un non moins drôle de Chiwawa. Le petit chien est blanc coloré de rose et porte un énorme nœud rouge à son cou. Norma maintient sa main gauche dans les airs dans un geste très féminin. NORMA, d’une voix efféminéeBonjour mes cocottes, bonjour mes amours, comment ça va ? ( Son ton est haut ). Il embrasse tout le monde sur les deux joues. Hortense et Lucy sont toutes les deux ahuries de la familiarité du personnage qu’elles ne connaissaient pas du tout, il y a juste deux secondes. BÉATRICEAlors, Norma, tu vas bien ? NORMAPour sûr, ma jolie, je me porte comme un charme. Et toi ? Tu avais l’air bouleversée quand tu m’as parlé. Ce petit coquin d’Axel te cause certains soucis semble-t-il ? BÉATRICE, hilare
En plein dans le mil ! Comment as-tu pu deviner ! NORMA,(dans un battement de cils) ses yeux s’éclairent
Bon, tu sais, il est tellement… tellement beau gosse, tellement mignon, que le contraire m’aurait étonné. BÉATRICE, sur un ton défaitNorma, pour te parler franchement, Axel à une autre femme dans sa vie. NORMA, déçu
Ah ! Une femme, quel dommage ! BÉATRICEArrêtes la plaisanterie, Norma, j’ai besoin que tu m’aides. NORMA Et… en… quoi puis-je t’aider, ma chère amie ! Le monde d’Axel est si éloigné du mien… (d’une toute petite voix) ce qui est d’ailleurs regrettable, je te l’avoue franchement. HORTENSE, agacée du personnage
( le ton est plutôt rapide) Écoutez, jeune homme, ma petite-fille est en train de vous dire que pour se venger de l’infidélité de son mari, elle voudrait lui donner une leçon mémorable et elle cherche quelqu’un qui puisse l’y aider. NORMAAh ! Elle a bien raison ! Les affreux, ils sont tous pareils inconstants et volages. Je peux vous en dire long. Je suis d’accord pour qu’il reçoive la monnaie de sa pièce. HORTENSEBravo, Norbert, c’est merveilleux de rencontrer un homme tel que vous… NORMA, suppliantJe vous en prie, madame, appelez-moi Norma, ce prénom sied beaucoup mieux à ma personnalité. HORTENSEComme vous voudrez, Norma ! Alors, je disais que les hommes ont une façon de vous faire des vacheries ce qui est tout à fait inacceptable. Ce sont des mufles ! NORMA, l’air réjouiSi vous saviez madame combien vous êtes dans le vrai, madame ! Je suis ravi de voir à quel point nos vues convergent. Ah ! Madame, je vous adore déjà ! HORTENSEMon Dieu, enfin un homme qui accepte d’avouer, les défauts des siens. Il va pleuvoir ce soir ! NORMA, suppliant
Si vous voulez bien, nous pourrions… fonder ensemble, l’association… des hommes battus. LUCY, surprise
Comment ça ? L’association des hommes battus ? NORMABien sûr, bien sûr, « hommes battus par d’autres hommes » Voilà ! Comme cela nous ferons entendre nos voix ! Trop longtemps nous nous sommes tus. Le monde entier (il hausse le ton) devra savoir nos peines et nos malheurs. La brutalité dont nous sommes souvent victimes, les viols à répétition. Je vous assure, madame, on a beau être gay mais, notre vie n’est pas très gai. HORTENSEPas très gai, pas très gai ça c’est vous qui le dites. D’ailleurs, une femme n’a rien à voir dans vos histoires d’hommes. NORMA, avec un trémolo dans la voixErreur, c’est la même lutte, le même combat afin que nos hommes, nos amants, nos amours se montrent plus fidèles, plus tendres, plus compréhensifs et surtout moins brutaux, moins violents dans leur relation avec leur partenaire. Le monde serait si beau, si merveilleux, s’ils faisaient un effort sur eux-mêmes. ( Il s’emporte ) S’ils acceptaient enfin de privilégier les sentiments, de croire enfin en l’amour. Celui avec un grand A ! Mais, grands dieux ! Qu’est-ce que cela leur coûte de faire montre d’un peu de gentillesse ! HORTENSE, interloquéeExcusez-moi de vous interrompre, jeune fille ou plutôt jeune homme… NORMA, l’interrompant, suppliantAh Non ! dites plutôt jeune fille, c’est si merveilleux de vous l’entendre dire. HORTENSE, fâchée
MONSIEUR ! Excusez-moi, mais tout ce que vous dites là est tout à fait en dehors du propos du jour. Nous ne sommes pas ici pour résoudre vos problèmes mais ceux de ma petite-fille. (se tournant vers Béa) Ma chérie, je crois, à regret d’ailleurs, que tu viens de faire de nouveau un très mauvais choix. J’ai passé ma vie à défendre la cause des femmes, et je vois mal comment, à mes âges, je passerais dans l’autre camp, celui de l’ennemi. ( se tournant vers Béa) Si cet énergumène persiste dans sa plaidoirie, je crois que je vais finir par avoir des problèmes avec l’association de défense des droits des homosexuels. Alors, là, se serait un comble ! NORMA, vexé, au bord des larmes. Ah ! Que la vie est bête, les femmes passent leur temps à rêver d’un homme qui aurait leur degré de sensibilité, et dès qu’elles le rencontrent, elles ne veulent que le réduire au silence. Moi, je dis que j’ai bien le droit d’afficher mon côté féminin. Disons mieux : ma féminité ! Si vous me l’interdisez alors, vous faites preuve de plus de férocité que ces supers machos qui vous rebutent tant. Mais qui pense à nous ? La société dans son ensemble est homophobe… Ne sommes-nous pas nous aussi des êtres humains ? BÉATRICE, éclatant de rireAllons, grand-mère, allons Norma, il nous faut nous montrer solidaires si nous voulons affronter un ennemi commun. Ces discussions de vieilles commères, c’est fort peu pour nous. Nous reprochons aux hommes leur intolérance, nous n’allons tout de même pas nous engager sur cette même voie. HORTENSEMa chérie, moi, tout ce que je veux c’est que tu expliques à ton ami, que ce que nous attendons de lui, pour la mission que nous voulons lui confier, c’est d’être un homme, un vrai, capable de rendre Axel jaloux. NORMA, ému, pleurnichard
Oh ! Mon Dieu, rendre Axel jaloux, j’en ai rêvé tant de fois. Mais, hélas, le méchant garçon n’a pas un regard pour moi. Il renifle bruyamment LUCYBon voilà, c’est magnifique car aujourd’hui nous allons vous donner l’occasion de vous venger de lui. Mais de grâce, séchez vos larmes, il déteste ça ! HORTENSE, agacée des reniflements de Norma
Béa, ma chérie, je te pose encore une fois la question ! As-tu fait le bon choix ? Je crois que dans ton cas actuel, il faut t’arranger de manière à limiter les dégâts mais aussi à ne plus faire de gaffes. BÉATRICE, confianteGrand-mère tu vas voir, Norma est un homme sensible mais intelligent. Dès qu’on lui aura expliqué ce qu’on attend de lui, il saura bien remplir son rôle. Il fut, dans un passé encore récent, un homme de théâtre, un acteur hors pair. A suivre… Épisode 6
Épisode 6 Les Infidèles 22 juillet 2007
HORTENSEAh ! Je suis heureuse de l’apprendre. Alors, faisons vite de tout lui expliquer, car j’ai beau faire la grande gueule, mais il faut bien que je rentre enfin m’occuper de mon petit chez moi. De plus, je vous assure à tous que parler des hommes n’est pas du tout mon sujet de prédilection. NORMAIl faut que je vous dise que de mon côté aussi, madame, parler des femmes n’est pas mon passe-temps favori. BÉATRICE, navrée, découragéeAh ! Non, vous n’allez tout de même pas recommencer ces chamailleries ! NORMANon, mais ! C’est elle qui se croit tout permis. Elle agit comme si les femmes n’avaient jamais aucun tort. Eh bien, moi je vais vous dire, j’ai une amie lesbienne dont je suis le confident, quand elle me raconte sa vie sentimentale j’ai envie de pleurer. Croyez-moi celle-ci n’est pas du tout rose. Savez-vous que les femmes savent battre d’autres femmes et ceci sans ménagement aucun, que des femmes violent aussi leurs concubines. Et là où l’injustice est plus flagrante, dans ce cas-là, c’est que les victimes n’ont absolument aucun recours. Car un juge ne prendra jamais en considération ce genre de cas. La loi, très certainement, ne prévoit même pas ce genre de délit. Une femme violentée par trois autres amazones pourra-t-elle un jour obtenir justice ? Pensez-y madame, après nous pourrons discuter. BÉATRICE, en séparant les antagonistes qui s’affrontent du regard et dont les visages se touchent presque. Allez, allez, ça va, encore une fois, là n’est pas la question du jour. Vous allez tous vous calmer afin que l’on puisse échafauder un plan de bataille. HORTENSE, qui capitule Bon, d’accord, d’accord, on y va !Ils s’asseyent tous en cercle et parlent à voix basse Puis, tout à coup Béatrice hausse le ton pour dire : BÉATRICESortons, ici les murs ont des oreilles ! Nous serons bien mieux dans un restaurant tout à fait anonyme ! tandis que le rideau tombe. Rideau
Acte III AXEL et un ami FRANCIS, viennent de pénétrer tout en bavardant sur la scène. AXEL claque la porte derrière lui. AXELAlors Francis, qu’est-ce que je te sers, du whisky ou du cognac ? FRANCIS
J’opterai bien pour le whisky car il me faut quelque chose de très fort pour calmer mes émotions. Je n’arrive pas à en croire mes oreilles. Il faut être fou pour laisser traîner des photos compromettantes dans une chambre conjugale. Je dirais même mieux ce n’est pas de la folie c’est de la BÊTISE ! AXELFRANCIS, fais-moi grâce de tes jérémiades, je t’ai déjà expliqué l’histoire. Naomie me menaçait de tout avouer à ma femme concernant notre idylle. Alors, moi, je lui ai cloué le bec en lui disant que si elle persistait à détruire mon foyer moi, je divulguerais ces photos intimes à sa mère, ses amis et aussi aux abonnés du net. FRANCIS, ricanantTiens, tu as dû faire tout ça pour qu’elle ne dise rien à ta femme. Bravo ! Tu t’en es toi-même occupé et ceci de la belle manière. Quel gâchis ! Tu aurais mieux fait de t’abstenir. En plus de passer pour un gros imbécile, l’étiquette de maître-chanteur va te coller à la peau. C’est le bouquet ! AXELMais, mon vieux, que voulais-tu que je fasse ? FRANCISJe ne sais pas, moi ? Louer un coffre à la banque, par exemple, dont le numéro secret t’aurait garanti une discrétion absolue. Mais surtout ne pas fourrer tes cochonneries dans ta chambre à coucher. Quel con ! Moi à la place de Béatrice je t’aurais quitté non pas seulement à cause de tes infidélités mais surtout à cause de ta bêtise. Vraiment, je suis ALLERGIQUE ( s’énervant ) à la bêtise. AXEL, s’asseyant en soufflant et se prenant la tête entre les mains C’est vrai, je ne suis qu’un pauvre con !FRANCIS Au fait, pourquoi trompes-tu, ta femme ? Elle est belle, sensuelle, spirituelle, charmante, instruite, cultivée, pleine d’allant, de conversation agréable, mais que diable te faut-il de plus ? Est-elle un bon coup au lit ? AXEL, se levant et faisant les cent pas. De ce côté non plus, je n’ai rien à lui reprocher ! Je ne sais pas, je ne sais plus. Peut-être un vieil instinct de chasseur inscrit dans mes gênes. FRANCISExcuse-moi, mais ta réponse est stupide. Cette fille avec qui tu sors ne lui arrive pas à la cheville. Tu risques de lâcher la proie pour l’ombre. Est-ce qu’au moins tu en as conscience ? Il faut être fou pour jouer autant avec le feu. AXELJe ne sais plus, je me sens si minable. FRANCISEst-ce que tu l’aimes, ta maîtresse ? AXEL, excédéTu ne t’attends pas, j’espère, à ce que je te dise que je la déteste ! Bon, disons que aimer serait un verbe un peu fort. Disons, disons que… c’est quelqu’un avec qui je passe du bon temps après les tracasseries du bureau, quelqu’un de disponible qui n’est surtout pas en train de s’occuper de la maison, des enfants, de la bouffe. Quelqu’un sur qui je compte pour me faire dorloter comme un bébé. Cela me fait un bien fou. FRANCISPour résumer tout ça, disons que tu t’occupes de ta petite personne. Au fond, c’est une forme d’égoïsme, tu ne trouves pas ? AXELFrancis, voyons, il ne faut pas exagérer, égoïste est un bien grand mot. Disons, que c’est une façon de faire passer son stress. FRANCISOuais, ouais, en t’inventant un autre stress. AXELOn ne peut quand même pas tout avoir. Le beurre et l’argent du beurre. FRANCISBon, est-ce que tu serais d’avis que ta femme ait aussi un amant pour faire passer son stress ? AXEL, révolté
Ah non, surtout pas. Et puis d’ailleurs quel stress ? FRANCISComment ça, quel stress ? Oses-tu insinuer que le stress et l’angoisse sont des attributs purement masculins ? Que ce sont des sentiments tout à fait étrangers aux femmes ? AXELEn tout cas, le leur doit être bien moindre que le nôtre. L’obsession de la réussite financière, la concurrence outrancière et la lutte pour toute sorte de pouvoir qui existent entre les individus de sexe mâle ont eu raison de nous. Et il faudrait ajouter que la concurrence existant entre les hommes et les femmes sur le marché du travail n’est pas pour arranger les choses. Alors, la seule façon de guérir nos maux c’est de tomber dans les excès. Il y en a qui choisissent l’alcool ou d’autres drogues dures. Par contre, moi, je fais partie de ceux qui cherchent un creux douillet ou se réfugier de temps à autre afin d’oublier les bobos de la vie. FRANCIS, ironique
Jusqu’à ce que ce creux douillet provoque à son tour de nouveaux problèmes. AXEL, soupirant
Ah ! c’est là, la grande difficulté de vivre. Les premiers moments d’euphorie passés on retombe dans la banalité du quotidien. On se rend compte bien vite que l’autre est un humain comme les autres qui, tôt ou tard, fini par laisser paraître ses exigences. Alors, mon vieux quand ça arrive, il faut tout de suite mettre les voiles et voguer le plus loin possible de cet ancien havre de paix qui s’est converti en un dangereux nid de guêpes. FRANCISÀ quoi a servi tout ça en fin de compte ? AXEL, désabusé
À rependre son souffle. À permettre à l’Homo Erectus de se sentir roi pendant une période qui sera certainement bénéfique à sa santé mentale et préservera la terre d’une extinction de race qui pourrait lui être fatale. FRANCIS, riant
Excuse-moi, mon cher, mais je trouve que tu as une vision un peu simpliste de la chose qui, de toute évidence, peut faire autant de dégât qu’une bombe à neutron. AXELAh, ça ! Surtout quand un sentiment, fort pernicieux, appelé la JALOUSIE se mêle de la partie. Alors, tout va de travers. On se rend compte que ce qu’on avait confondu avec une merveilleuse aventure n’est en somme qu’une courte embellie. De gros nuages gris s’amoncellent à la vitesse de l’éclair et c’est l’orage. Pas le temps de se mettre à l’abri et on est trempé jusqu’aux os, quitte à se mettre au lit avec une grosse grippe qui virera très vite en pneumonie. FRANCISAu moins, je vois que tu es quand même conscient de certains risques. AXELMais bien sûr, j’en suis parfaitement conscient. Mais que veux-tu, c’est comme une merveilleuse musique sur laquelle on ne peut s’empêcher de danser. C’est plus fort que tout. Il n’y a rien de plus indomptable, à mon avis, que le désir et le plaisir. On a beau prendre parfois de bonnes résolutions l’on finit toujours par flancher. À croire que cette résistance au plaisir et au désir est totalement incompatible avec la nature même de l’homme. Une sorte d’alchimie hormonale qui pousse toujours au pire. Quitte à le regretter totalement par la suite. Tiens, pendant que j’y pense… tu n’as jamais trompé ta femme, toi, FRANCIS ? A suivre… Épisode 7 FRANCIS AXEL FRANCIS, étonné AXEL FRANCIS, outré AXEL FRANCIS AXEL FRANCIS, s'esclaffant AXEL FRANCIS AXEL FRANCIS AXEL, surpris FRANCIS AXEL, qui se dégonfle FRANCIS AXEL, se levant pour faire les cent pas FRANCIS À ce moment précis, quelques coups sont frappés à la porte. Ces messieurs sursautent. Une voix d'homme se fait entendre c'est Dantès, le père d'Axel. DANTÈS L'homme (Dantès) pénètre dans la pièce. DANTÈS AXEL DANTÈS, perplexe AXEL Les trois hommes se concertent à voix basse au beau milieu de la pièce. Puis, après avoir poussé de hauts cris pendant toute la durée de la conservation Dantès lance à haute voix, pendant que le trio se disperse : DANTÈS AXEL DANTÈS AXEL, effrayé, le visage livide DANTÈS AXEL, perplexe, l'interrompant DANTÈS, catégorique AXEL, le visage tordu par l'effroi DANTÈS FRANCIS, réjoui AXEL, décontenancé DANTÈS FRANCIS DANTÈS AXEL, décontenancé DANTÈS AXEL, frondeur DANTÈS AXEL DANTÈS AXEL DANTÈS AXEL DANTÈS AXEL DANTÈS AXEL AXEL DANTÈS AXEL, ironique DANTÈS, surpris AXEL, satisfait de son coup DANTÈS AXEL DANTÈS AXEL FRANCIS, rigolard DANTÈS AXEL DANTÈS FRANCIS, qui émet un sifflement admiratif DANTÈS FRANCIS DANTÈS AXEL, totalement sonné DANTÈS AXEL, sur un ton admiratif, un tant soit peu ironique DANTÈS FRANCIS, se tournant vers Axel DANTÈS AXEL DANTÈS AXEL, sur un ton badin DANTES, riant FRANCIS DANTÈS AXEL DANTES, l'interrompant (ton pompeux) AXEL, résigné DANTÈS AXEL En disant cela Axel se dirige vers le bar, remplit trois verres de glace, y verse deux doigts de rhum et sert ses messieurs. AXEL DANTÈS Ces messieurs trinquent de bon cœur. Ils continuent de parler et de rire, puis ils sortent tous les trois tandis que le rideau tombe. Rideau A suivre... Acte IV( Même décor ) BÉATRICE et NORMA sont assis côte à côte dans le salon ils se concertent toujours. On entend seulement leurs dernières phrases. NORMA est habillé de façon excentrique pantalon blanc moulant, t-shirt juste-au-corps et foulard au cou. BÉATRICE Bon, alors ! Tu as bien compris, tu te caches dans le placard et peu de temps après qu’il se soit installé dans son lit tu fais du bruit. NORMA Mais, quel bruit ? BÉATRICE, prise au dépourvu Ah ! Ça, je n’en sais rien. N’importe lequel, voyons ! Comment veux-tu que je sache ? Fais semblant de te cogner la tête contre les parois. Tape du pied, n’importe quoi, quoi ! NORMA Bon, bon, ça va, je trouverai bien quelque chose le moment opportun. BÉATRICE L’important, c’est de laisser croire à mon mari que moi aussi j’ai un amant. Donc, que je me suis déjà vengée de son infidélité ! NORMA T’en fais pas, ma cocotte, ton homme va devenir bleu de jalousie en découvrant le super mâle que tu caches dans ton placard. (En disant cela il montre ses biceps). BÉATRICE, le regard malicieux Ah ! Ça j’y compte bien. J’aurai au moins l’impression d’avoir remporté une belle victoire, une grande victoire. Ce sera tout même mieux que de passer pour une idiote, une imbécile, qui accepte tout ! Des bruits de pas se font entendre. BÉATRICE, affolée Vite, le voilà ! Cache-toi vite ! Moi, je m’occupe du reste. C’est incroyable il rentre plus tôt que d’habitude ! Tandis que NORMA se cache, BÉATRICE survoltée, s’ébouriffe les cheveux, défait quelques boutons de son corsage, froisse les draps après avoir jeté le couvre-lit sur la chaise la plus proche, se couche et fait semblant de regarder la télévision. Le bruit de la porte d’entrée qui s’ouvre et la première chose qui pointe le nez est un énorme bouquet de fleurs. De surprise, BÉATRICE porte ses mains à ses joues tandis que ses yeux s’écarquillent. BÉATRICE Oh ! Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu ! AXEL, calme, détendu, un sourire heureux sur les lèvres Bonsoir, mon amour ! Ce n’est pas Dieu, ce n’est que moi ! Un demi-dieu, donc ! BÉATRICE, bégayant Mais…mais… qu’est-ce qui t’arrive AXEL. C’est bien… C’est bien la première fois, en douze ans, que tu m’offres des fleurs. AXEL, hilare Il faut un début à tout mon trésor. Et, je vais tenter de rattraper le temps perdu. BÉATRICE, jetant des regards vers l’armoire Mais… mais je ne comprends pas, tu sais bien que le temps perdu ne se rattrape pas. AXEL Tut tut tut tut tut ! Tous ces proverbes sont des bobards. Le moment est venu pour moi de te prouver le contraire. Tu vas voir, ma chérie, à partir d’aujourd’hui, je serai un homme nouveau, un époux fidèle et attentionné, un amoureux qui prendra le temps de te dire à quel point il t’aime et combien sa vie serait bien moche sans toi… BÉATRICE, les yeux écarquillés de surprise Quoi ? Mais, Axel, est-ce que tu vas bien ? AXEL Et comment, ma chérie ! Jamais je ne me suis porté aussi bien de toute ma vie. Comme dirait la chanson de Francis CABREL ( il fredonne ) ♫ Je n’étais rien mais voilà qu’aujourd’hui je suis le gardien du sommeil de ses nuits, je l’aime à mourir… ♫ BÉATRICE, de plus en plus consternée Axel ! Es-tu devenu fou ? AXEL Bien sûr, ma jolie, je suis devenu fou, fou de toi. Ô, Mon Dieu, quelle douce folie ! BÉATRICE Mais, c’est incroyable… il n’y a pas longtemps… AXEL T’occupes pas de ce temps-là, il est à jamais révolu. J’ai eu si peur que tu me quittes mon amour que je suis prêt à tout pour te garder. À plaquer ma maîtresse… D’ailleurs, à bien réfléchir qu’était cette femme pour moi, hein ? Rien ! Seulement un passe-temps comme un autre. Je viens tout juste de lui signifier son congé. Cette… cette pimbêche… aurait pu… me faire perdre mon bonheur, perdre la femme que j’aime par-dessus tout. BÉATRICE, se sentant fondre C’est bien vrai ce que tu dis, mon chéri ? AXEL Mais, je n’ai absolument aucun intérêt à te mentir. J’ai eu tellement honte de m’être conduit avec toi comme un mufle. Ah ! Vraiment je suis impardonnable. Mais voilà, je me suis repris à temps et désormais j’ai décidé de consacrer mon temps libre à ma femme et à mes enfants. Finies les escapades qui ne mènent à rien du tout. À partir de « dorénavant » je suis un homme neuf. Tu vas voir, accorde-moi une seconde chance et je te prouverai combien est fort mon amour pour toi. Tiens j’oubliais, (il tire une petite boite de sa poche et la lui tend) c’est pour toi ! BÉATRICE, stupéfaite et bouleversée, ouvre la boîte Quoi ? Mais c’est merveilleux, mon chéri, comme il est beau ce bracelet ! AXEL Tu le mérites mon amour, car ton dévouement à ta petite famille n’a pas de prix. Et puis, tu sais, les diamants sont éternels, tout comme l’amour que je te porte. BÉATRICE, émue jusqu’aux larmes, éperdue de bonheur Oh ! AXEL, si tu savais le nombre de fois que j’ai rêvé de ce moment. AXEL, qui se met à genoux après avoir essuyé une larme qui courait sur les joues de sa femme. Ma chérie, ne pleure pas, ne pleure plus. Je te demande sincèrement pardon de tout le mal que j’ai pu te faire et te promets que jamais plus cela n’arrivera. Alors, tu me pardonnes ? (il se relève et lui tient la main) BÉATRICE, qui se jette éperdument dans ses bras Oui, oui, oh oui, mon amour je te pardonne de tout mon cœur. AXEL Ah ! Ma petite femme adorée, comme c’est bon de te serrer dans mes bras. Et… si nous partions tous les deux… loin, très loin de tout. Si nous nous envolions vers Venise… toi et moi en amoureux. BÉATRICE, éperdue Quoi ? Ce voyage que tu me promets depuis le jour de nos noces ? Mais cela fait déjà douze ans, mon chéri… AXEL Exact, mon trésor ! Tu vois que ton cher époux peut rattraper le temps perdu. J’ai décidé de faire de toi la femme la plus heureuse de la terre ! BÉATRICE Ô Axel, c’est trop beau pour être vrai ! AXEL, lui prenant le menton Et pourtant, mon petit cœur adoré, tout cela est vrai et bien vrai. Pour nous, une autre vie commence. À ce moment précis, un bruit provenant de l’armoire se fait entendre. Axel sursaute, Béatrice panique car elle avait totalement oublié Norma. AXEL, Qui sursaute et essaie de se libérer de sa femme Qu’est-ce que c’est ? BÉATRICE, confuse embarrassée, s’accroche plus étroitement à lui Rien, mon chéri ! AXEL, perplexe Mais, j’ai entendu du bruit provenant de cette armoire. BÉATRICE, qui tente d’être persuasive Ah, non ! Ah, non ! C’est sûrement chez le voisin. Le bruit se répète. Quelqu’un cogne. AXEL, essayant d’écarter Béatrice qui résiste toujours en faisant de son corps un rempart. Il y a quelqu’un, je te dis. Je ne suis quand même pas sourd ! BÉATRICE, imperturbable Mon chéri, je suis si bien dans tes bras. Serres-moi plus fort. Le bruit persiste. AXEL, de plus en plus intrigué Mais, c’est fou ! Il semble que ce bruit ne t’inquiète nullement. Ceci n’est pas NORMAL ! Écartes-toi que je vois ça de plus près. BÉATRICE, paniquée à outrance Mon chéri, je te dis que… (hésitation)que plus rien ne pourra nous séparer… AXEL, totalement angoissé Oui, je sais, mais pousse-toi, voyons. Il y a un intrus ici dans ma chambre à coucher, et je dois en avoir le cœur net. Il la repousse et se précipite vers l’armoire qu’il ouvre à toute volée. Sort un NORMA totalement chiffonné et à bout de souffle. NORMA, visiblement soulagé Oh ! Axel, merci, merci, tu m’as sauvé la vie. Une minute de plus et je mourrais asphyxié. AXEL, totalement abasourdi Quoi, Norma ? Mais qu’est-ce que vous faites caché dans l’armoire de ma chambre à coucher ! Ne me dites pas… Ne me dites pas… (Il avale péniblement sa salive. Son regard va de Norma à Béatrice) que ma femme et vous… que ma femme et vous… êtes amants ? BÉATRICE, qui se précipite Mon chéri, laisse-moi t’expliquer… AXEL, assommé, mortifié Tout est pourtant on ne peut plus clair ! NORMA, confus Vraiment, Axel, ce n’est pas ce que vous croyez malgré une évidence plutôt trompeuse ou je voudrais dire une fausse évidence. Non, non, non… disons qu’il n’y a pas du tout d’évidence… car ce n’en est pas une… Il faudrait appeler cela une méprise… un triste concours de … de… circonstance… AXEL, pris de vertige obligé de s’asseoir Taisez-vous, espèce de salaud, votre trouble et votre désarroi vous accusent ! NORMA, outragé (le ton haut, l’air hautain, menton relevé) Excusez-moi, mais je crois… et je le crois sincèrement que vous êtes entrain de m’offenser, de porter atteinte à ma …à ma… féminité. AXEL, ton rageur Ah ! Ne me jouez pas le coup de l’offenseur offensé. Vous m’énervez et j’ai une folle envie de vous étrangler. (Il allie le geste à la parole) BÉATRICE, paniquée, s’interpose Arrête Axel, ne lui fais pas de mal, il n’est pour rien dans cette affaire ! La seule coupable dans tout ça, c’est moi. AXEL, qui hausse le ton La seule coupable ? Tu as dit la seule coupable ? Non, mais… pour qui me prenez-vous ? Un homme occupe ma chambre à coucher et il n’est coupable de rien. Je suis un cocu dans ma propre chambre. NORMA, qui a subitement très chaud, tire un éventail de sa poche et s’évente Jamais je n’aurais cru être dans cette situation de toute ma vie. Je me demande ce qu’auraient dit mes petits copains s’ils me voyaient. AXEL Je m’en fous de vos petits copains. À cause de vous ma vie vient de s’effondrer. Ma femme a trahi ma confiance. Elle vient de perdre toute mon estime. NORMA AXEL, je vous répète que vous faites… erreur. Je… je… vous dois… la vérité. BÉATRICE, retenant Norma par le bras afin de l’empêcher d’aller plus loin Je ne comprends pas Axel, hier encore tu disais qu’une tromperie n’est qu’une simple coucherie et aujourd’hui tu parles de perte d’estime, de vie qui s’effondre. Deux discours pour une même faute ! Tu ne trouves pas que c’est un peu fort ! AXEL Écoute-moi, je suis un homme, ce n’est pas la même chose… BÉATRICE Eh oui ! Encore une fois l’homme à tous les droits et les femmes aucun ! Sache, mon cher, que la douleur, la déception, le dégoût n’ont pas de préjugés de race, de couleur ou de sexe. Et la souffrance et le talent non plus. Quand on a mal, on a mal ! Nous sommes des êtres humains faits de chair et de sang. Et le clou dans tout ça c’est que nous avons un cœur, un cœur qui bat au rythme de nos émotions. AXEL, qui porte la main à sa poitrine Ah ! Tu ne croirais pas si bien dire. Le mien me fait horriblement mal. Je suis pratiquement au bord de la crise cardiaque. BÉATRICE, mimant la voix de son époux Allons, voyons, mon chéri, il ne faut tout de même pas exagérer. Les hommes sont quand même bien plus solides que ça. Ce n’est rien ! Et puis tous les maris sont cocus. Je ne vois pas pourquoi tu échapperais à la règle… AXEL, accablé Béatrice, je t’en supplie, oublie toutes ses bêtises que j’ai pu accoucher jusque-là. Aie, au moins pitié de moi ! NORMA, attendri Oh ! Le pauvre homme, je pense qu’il ne faut pas le faire souffrir plus longtemps. Si vous le voulez, Axel, je me propose… pour soigner vos blessures… AXEL, furieux Mais, bon sang, pour qui vous prenez-vous ? Vous me volez ma femme et en même temps vous voulez me consoler. Vous êtes fou ! Totalement cinglé ! Au moins Béatrice, je t’en conjure, si tu veux me tromper fais-le au moins avec un homme, un vrai. C’est encore plus humiliant que ce soit cette espèce, cette espèce de… NORMA, qui serre les poings De quoi ? … AXEL, qui fait la grimace De… de demi-portion… qui ne peut t’apporter aucune satisfaction sexuelle. BÉATRICE, le ton rêveur Ah ! Le sexe n’est pas tout dans la vie. Une femme a besoin aussi d’amour, de beaucoup d’amour, de tendresse, d’affection, de compréhension, d’une oreille attentive, d’une présence, d’un peu de chaleur humaine… d’un peu de … AXEL, furibond Et tu trouves tout ça chez cet énergumène… cet… cet… NORMA, vexé s’emporte Je n’accepterai pas vos humiliations plus longtemps. D’ailleurs, les femmes ont raison, les hommes sont des mufles qui ne connaissent absolument rien des vrais valeurs de la vie. Ils sont bien égoïstes. Tenez, vous, vous refusez de vous occuper de votre épouse et vous êtes catastrophé de voir qu’un autre pourrait le faire à votre place. De plus, vous souffrez d’un machisme primaire ! Vous vous croyez tout permis. Moi, à la place de Béatrice, je vous aurais vraiment trompé afin de vous donnez une magistrale leçon d’humilité. AXEL, se sentant revivre Quoi ? Vous avez dit « vraiment trompé » cela veut-il dire que tout cela n’était… n’est qu’une comédie. NORMA, confus, gêné, jette un regard à Béatrice Bon, c’est à dire… AXEL, plein d’espoir Béatrice, ma chérie, dis-moi que tout ceci n’est qu’un cauchemar duquel je vais me réveiller tout de suite. Béatrice garde un profond mutisme NORMA Vous avez de la chance d’avoir épousé une femme de la trempe de Béatrice, vraiment vous ne la méritez pas ! AXEL, Heureux, soulagé, prenant sa femme dans ses bras. Il exulte Oh ! Mon amour je suis si heureux. Je t’assure qu’à un moment, j’ai cru mourir. Si tu tenais à me donner une leçon je ne saurais te dire combien je l’ai bien apprise. En quelques minutes, j’ai bien senti la terre trembler sous mes pieds et le ciel me tomber sur la tête. Ah ! Mon Dieu, comme je suis heureux. Oh ! Norma, je suis si content que je vous aurais volontiers serré dans mes bras vous aussi… NORMA, relevant fièrement le nez Que Dieu m’en préserve ! Dire qu’en acceptant de passer pour l’amant de votre femme je pensais un peu à vous. Sincèrement, vous me plaisiez mon cher ami, mais le machisme qui vous accable fait de vous un être franchement antipathique. Vous êtes un genre d’homme que je préfère laisser aux femmes. Elles seules ont l’art de se débrouiller avec de si encombrantes marchandises. Je vous assure que parfois en regardant agir certains hommes je regrette vraiment de ne pas être hétéro. À mon avis, les femmes sont un tant soit peu plus… vivables. AXEL, s’énervant brusquement Écoutez, cher ami, vous ferez ce que bon vous semble, en attendant filez avant que je m’énerve pour de bon. Car, maintenant, tout ce que je veux c’est d’être seul avec ma femme pour lui prouver « à ma manière’ » tout l’amour que je lui porte. (Haussant le ton) Et pour cela je n’ai besoin ni de vos conseils ni de votre présence. NORMA, apeuré Très bien, très bien, pas la peine de s’énerver, je m’en vais ! Je n’ai vraiment aucune intention de m’attarder vous êtes vraiment peu commode. Je plains cette pauvre Béatrice… AXEL, grondant, grognant Allez, ouste ! Je ne veux plus vous voir ici ! NORMA C’est ça, c’est ça, je débarrasse le plancher. Mais, avant, permettez-moi de saluer votre gentille femme. Elle, au moins, sait s’y prendre avec les hommes. Il prend les mains de Béatrice entre les siennes les retient un instant en regardant celle-ci droit dans les yeux puis lui fait un baise-main. NORMA Au revoir, princesse, faites de beaux rêves. BÉATRICE Ô, Norma, que de gentillesses, merci pour tout ! NORMA C’est rien, je n’ai fait que vous aider à reconquérir votre prince « pas du tout charmant » (il se reprend tout de suite) Excusez-moi… votre charmant prince. AXEL, enlevant les mains de sa femme de celles de Norma avec agacement Dites donc vous deux, vous êtes sûr que tout à l’heure c’était une comédie ? Vous avez vraiment l’air de bien vous entendre… Vous ne vous êtes pas foutu de ma gueule par hasard ? NORMA, prenant la porte apeuré par le regard menaçant de Axel Eh bien non, cher ami, et c’est dommage vous l’auriez bien mérité… Vive le célibat, vive la solitude. Il s’enfuit. Axel tente de l’attraper mais Béatrice éclatant de rire, s’interpose en le serrant dans ses bras et en criant : BÉATRICE Vive la vie, vive l’amour, vive le couple ! Vive la solitude… à deux ! RIDEAU FIN 22 février 2004
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| Francois Adrien http://www.pikliz.com/ |